[Parenthèse 62…]
Le soleil passait par les interstices, illuminant légèrement la pièce. La chaleur morcelée imprégnait le bois du plancher, qui se mettait doucement à craquer. Patiente, elle tissait sa toile. Fatiguée, elle se démenait pour s’isoler, juste derrière le meuble où, invariablement, il venait délicatement déposer les vinyles sur la platine qui amplifiait la douceur, parfois gargantuesque, qu’il trimballait avec lui.
Couchée sur le canapé, elle laissait ses pensées s’en aller, concentrée sur les pages de son roman qu’elle avait commencé il y a quelques jours déjà, sur les contreforts d’un hôtel de Barcelone, où elle avait voulu s’abriter de cet amour naissant qui l’emmenait vers des contrées dont elle ne souhaitait plus s’encombrer.
Il n’avait pas encore bu sa tasse de café. Il s’était arrêté sur quelques détails de cette pochette d’album. L’infinie élégance de Neil Hannon. Il prit le temps d’écouter patiemment les délicatesses des sonorités, juste des sons qui le touchaient profondément, invariablement, déraisonnablement, pouvaient penser certains. Après quelques minutes, il décida de se mouvoir, non sans avoir chantonné maladroitement quelques paroles qu’il apprivoisait.
Sans autre forme de paix, elle attendait. Prise dans la toile, elle observait l’insecte se débattre inutilement, pris dans les fils solides et fins de son habitacle tentaculaire. Pas de sueur qui perle, ni de pleurs qui pourraient attendrir au dernier instant. Juste ce qui est. Après quelques heures, elle finit par bouger et l’envelopper. À quelques centimètres, une coccinelle attend. Silencieuse, elle espère juste ne pas tomber. Elle finit par s’envoler pour se poser sur le meuble à côté, entre une tasse de café et quelques livres, biographies parsemées de sons éclatés, ou histoires philosophiques de chemins tortueux vers l’amour silencieux.
Ses longs cheveux, délicatement lâchés, retombent sur ses épaules. La forêt distille ses odeurs parfois contrastées. Elle panique parfois de ses silences réguliers. Elle voit qu’il sourit. Il lui prend la main, sans savoir si elle aime cela. Il verra bien. Il aime l’écouter parler, même parfois jurer. Elle l’arrête. La chaleur le prend. Quelques gouttes perlent sur son visage. Ils s’observent, sans repères, juste des sensations de deux êtres heureux, un peu stressés, il faut les pardonner, cela fait longtemps qu’ils n’ont plus vraiment aimé. Leurs peaux parlent, leurs sens s’éveillent, juste encore quelques instants. Le soleil, au front des arbres, les invite à déposer les armes, les quelques boucliers légers qui s’aventuraient encore çà et là. Courageuse, elle déposa la première un baiser sur ses lèvres, ouvrant définitivement le chemin pour ces deux âmes là.
[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]
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