[Parenthèse 66…]
Cela faisait déjà quelques heures qu’il entendait les enfants des voisins jouer. Il s’affairait d’un coin à l’autre de la maison. Le temps n’arrivait plus à s’arrêter, vocation qu’il n’avait d’ailleurs pas, et qu’il semblait lui rappeler régulièrement depuis plusieurs mois déjà. Les notes de Nico Muhly avaient beau s’écouler doucement, lui laissant l’occasion de s’émerveiller intérieurement de quelques scènes de « Pachinko », il n’avait pas assez de ses deux bras et de toutes ses pensées, ou toutes ses identités, pour avancer dans les tâches qu’il s’était imposées.
Non loin de là, dans une rue adjacente, quelques chiens se découvraient joyeusement, permettant à quelques maîtres de s’adonner à des conversations plus téméraires que d’autres, abordant l’air de rien les effluves du vent et les sempiternels mots qui se jouent de la pluie et des sarcasmes d’une époque qui serait plus, ou parfois moins, enfin, vous voyez. Sur ce fait, un enfant, bercé par le cliquetis de son jouet sur la barre de sa poussette, s’endort joliment, laissant à son grand-père le soin de se moquer gentiment de cet étrange attroupement.
Sur la terrasse, en partie cachée par les arbres qui la protègent des assauts de l’air qui s’est aggloméré, il écoute, et il n’oserait pas l’avouer à ses amis, la mélodie touchante de « Circles », laissant couler les quelques larmes qui lui restent depuis lundi passé, se répétant les mots qu’elle a prononcés, juste là, à quelques tables, s’enfonçant dans la pénombre éphémère de ces ruptures qui s’effacent avec les saisons qui nous laissent arpenter les chemins tumultueux des renaissances espérées.
La salle est surchauffée. La lumière s’est tue. Les quelques notes de « California » s’éclairent.Il tend la main. 10 000 voix s’élèvent, cherchant les regards approbateurs des frissons qui parcourent les corps unis dans cette transe nerveuse et soudaine. Elle lui prend la main. Elle dépose un baiser sur ses doigts effilés. Amoureuses, elles s’oublient dans les vapeurs des guitares fragiles. Ses longs cheveux noirs s’amourachent de sa peau câline. Dans les gradins, il s’imprègne, les yeux fermés, rien ne bouge, et petit à petit, la déflagration s’accentue, pernicieuse, elle s’incruste dans chaque parcelle de ses pores, et doucement, délicatement, il s’éveille à nouveau, vivant, il respire…
[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]
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