Archives mensuelles : mai 2015

Théâtre, Médias et politiques

Le théâtre politique et médiatique se fout de nous depuis quelques mois. Abêtissant. A se mordre la queue aussi. A se demander si on nous considère, tellement les propos des uns et des autres sont énormes, voire parfois grotesques et fort peu mis en perspective ou abordés avec un regard critique prospectif. Tant que les médias classiques relayeront quasiment sans ce recul critique les propos, pourquoi changer de cap ?

Prenons Di Rupo, très en verve contrairement à ce qu’on nous dit, le « cœur qui saigne », ou encore « avec nous, le retour à la pension à 65 ans », voire le très perturbant propos que les médias ne relayent plus leurs discours, comme si les médias n’étaient finalement que des vecteurs, des simples passeurs d’informations sans recul critique (ou à la solde des majorités). Dans les deux cas, c’est choquant. En même temps qu’il puisse le penser et le dire ouvertement me laisse songeur. Un peu comme les propos tenus en son temps au PS sur le fait que Paul Magnette allait permettre à Charleroi de se développer plus encore avec sa casquette de Ministre-Président wallon, comme on avait pu le voir avec Mons et Elio Di Rupo. Presque Cynique. Il y en a d’autres mais à quoi bon.
On a eu aussi droit au « loisir » de Maxime Prévot comme Bourgmestre de Namur chez Pascal Vrebos. Tenir les rênes d’une ville, capitale de la région wallonne, c’est juste comme quand vous et moi on décide d’aller faire le jardin ou d’aller courir, parce que notre activité professionnelle et notre vie familiale nous laissent quand même encore un peu de temps pour consacrer quelques heures à cette activité. Maxime, c’est gérer Namur. Silence. Gêné. Et finalement, les médias là-dessus. Pas très grave.
Bon, évidemment le MR n’est pas en reste. Ils ont construit le théâtre avant. Une campagne électorale sur le saut d’index auquel on ne touchera pas. Puis, voilà, c’est une coalition. Peut être que sous la législature prochaine, Charles aura le       « cœur qui saigne » aussi, qui sait. C’est aussi cette opposition entre les fameux « ceux qui se lèvent tôt » et « ceux qui ne se lèvent pas tôt », qui seraient, je suppose, ceux qui ne sont pas indépendants. Je tenais juste à signaler qu’il y a des acteurs de la société civile qui travaillent dans le secteur public, dans le secteur non marchand, dans les entreprises privées en tant que salariés qui bossent comme des damnés, dans des horaires dantesques et face à des défis titanesques. Ils se lèvent tôt. Ils se couchent tard. Ils font tenir la société. Ils se donnent. Pour un salaire fixe, qui sera encore plus fixe. Pas de réactions des médias là-dessus.
Je passe sur le fait que l’on a applaudi Maggie et Charles occupés à cuisiner et faire des cœurs ensemble dans le cadre du Televie, alors que le gouvernement Michel développe une politique d’austérité sans équivoque, touchant la politique scientifique. Pas grave. Le symbole est beau. Le coup médiatique est énorme. Tant pis si cela cache la misère.
Le théâtre politique fait que l’opposition est un abme dramatique à lui tout seul. Quand je dis l’opposition, ce sont les partis qui ne sont à aucun niveau de pouvoir. Oui, il y a le PTB. Enfin, il y a Raoul Hedebouw. C’est assez intéressant en fait de constater que le PTB existe médiatiquement grâce à une individualité charismatique. Ou finalement c’est assez symptomatique de la relation de plus en plus étroite entre visibilité médiatique et perspective politique. Le fait que Maggie De Block soit la personnalité préférée des belges illustre sans doute cette surenchère médiatique et cette absence de critique face aux politiques menées, on peut d’ailleurs se demander s’il y en a une concernant ses compétences dans le gouvernement Michel.
Comme le dit le politologue Jérôme Jamin, l’homme politique, je dirais même un parti, doit exister, s’imposer comme un acteur de pouvoir et l’incarner. Aujourd’hui, cela passe par les médias. Et Ecolo ? oui, Ecolo… Jean-Marc Nollet survit… avec Calvo, ou dans son ombre… grâce à son expertise réelle et sa capacité de travail énorme ? parce qu’il a été ministre ? parce qu’en fait on ne connaît personne d’autre chez Ecolo ? Ecolo, c’est un peu l‘art de (se) tuer médiatiquement. Avant il y avait Jean-Michel. Le Raoul d’aujourd’hui en somme. Je parle bien entendu de l’impact médiatique. Je pourrais dire « Tant mieux peut être » au vu de ce que j’énonce plus haut. Il reste de l’espoir. Enfin… pas certain non plus. Il suffit de voir les résultats électoraux et les sondages (mais là aussi, les sondages… dogmatisme médiatique).
En somme je mets tout le monde dans le même sac. C’est faux. Je mets dans le même panier l’incapacité des médias classiques à proposer une analyse critique des enjeux politiques et des dysfonctionnements claniques des partis, et leur suffisance à mettre en avant quelques personnalités sans plus aucun regard critique quant aux compétences, capacités et cohérence des propos. Il est d’ailleurs intéressant de constater que ces médias demandent de plus en plus leur avis à des intellectuels qui ne sont plus nécessairement des politologues mais des spécialistes de la communication en politique. L’important n’est plus le projet proposé mais les images, les slogans, les attitudes, le charisme. Avec la surenchère médiatique et l’appétit que nous avons, nous les citoyens, des phrases assassines ou du « people ». Le fond finalement… bof. Les problèmes éthiques… bof. Les retournements de veste. Les aberrations. Pas important. Même les politologues s’intéressent de plus en plus uniquement aux politiques politiciennes : les stratégies de placement, les coups médiatiques entre les uns et les autres,… on n’interroge pas fondamentalement les politiques menées. Cosmétique. Rapide. Cash. Le percutant avant les dynamiques de fond.
Finalement, pourquoi Paul et Maxime ne resteraient pas bourgmestres puisque finalement personne ne le remet fondamentalement en cause alors que cela pose un problème évident au niveau éthique, rien que pour les questions de subventionnement ?
Finalement, pourquoi faire des focus sur des personnalités politiques qui travaillent consciencieusement dans les différents partis politiques ? Ceux qui ne distillent pas de phrases assassines, qui effectuent du travail parlementaire avec sérieux, sans glamour. Sans manipulation directe. Ce n’est pas vendeur. Didier, Elio, Laurette, Joëlle, Bart, Denis… ça c’est de la politique, cela clache. Cela pique. Cela peut faire tout et son contraire, mais cela vend. Et à force de vendre, cela devient primordial. Pour les uns comme pour les autres. A se demander d’ailleurs si on arrivera un jour à proposer de nouvelles personnalités politiques capables de réformer le système de l’intérieur. Machiavel es-tu si obligé ?
La porte de sortie. Investir dans des projets journalistiques qui proposent des lectures et des critiques de fond, qui ne s’arrêtent pas aux manipulations tacticiennes des partis, qui vont au-delà des phrases assassines, qui construisent et expliquent , qui investiguent, qui proposent, qui nous prennent pour des citoyens et citoyennes à part entière, qui nous obligent, comme « Imagine demain le monde », « Medor », « XXI ». Cela passe aussi par une volonté accrue des gens à construire des projets qui dépassent les clivages politiques et vont interpeller le principe même de gestion de la cité au-delà des questions partisanes, ces dernières ne construisant qu’un microcosme assez hermétique, cynique, et peu altruiste de la société. Ce n’est pas gagné, loin s’en faut, mais la vitalité démocratique qui prend forme au travers de « Tout Autre Chose», par exemple, laisse penser que rien n’est perdu et qu’il est temps pour la « caste » politicienne de s’ouvrir à des modifications de la représentation politique, quitte à se dire qu’il faut fondamentalement changer, voire se transformer. Ouvrir le débat, c’est déjà permettre de construire. Et de penser aujourd’hui.