Les « Magnifiques »…

J’aurais pu parler de Jo Cox, et de son mari… ses mots… D’Orlando, des balles qui percutent…la Haine… la folie… j’aurais pu parler des massacres perpétrés un peu partout sur cette planète… des conditions de précarité qui augmentent pour le plus grand nombre pour les bienfaits de quelques-uns…

Puis me voilà à écrire. J’avoue. Je suis fan. De foot. Non. Pas comme les haineux qui saccagent tout. Ni comme ceux qui, sous couvert de virilité nauséabonde, n’ont comme analyse d’un événement que des propos discriminatoires, sexistes ou homophobes. Non. Pour moi le football, ce sont des émotions, de la maîtrise, de la passion, de l’attente, des désespoirs, des joies. Un jeu d’échecs mêlant la danse, la jonglerie, la géométrie, l’instinct, la rigueur et la fantaisie. Un morceau de jazz. C’est structuré mais ce qui nous fait vibrer, c’est ce moment, cet instant… inattendu… comme un baiser, un regard, une note haut perchée… Un trip. Au sens propre et figuré. Une feinte de frappe, un appel lumineux, une transversale, une frappe enroulée, un arrêt réflexe… puis les sourires, les rires, les jurons, les pleurs parfois, l’attente, le rien et le tout qui se côtoient dans une seconde magique, l’émotion, individuelle et collective, les discussions sans fin…

Lundi soir. 23H30. J’ai pensé au coup de sifflet final à plusieurs moments. Coupe du monde 86. Un jeu de « merde » en fait. 15 buts encaissés. Mais un match de folie. Un seul. Celui d’une cavalcade. Cet instant où tout bascule. Et ne plus retenir que cela… La note.

Coupe du monde 2002. Deux matchs « nul ». Japon. Tunisie. Puis la Russie. Walem. Sonck qui monte et qui marque. Wilmots d’un tir puissant à la 82ème. Une libération. Puis ne plus se souvenir que du Brésil et de cette main. La mémoire sélective collective des événements majeurs. Mais ce coup franc « messieniesque » de Walem… la couleur.

Belgique-Luxembourg, 1989, Heysel. J’avais 13 ans. Au stade. 1-1. A l’époque, le Luxembourg, c’était comme Gibraltar aujourd’hui. J’ai pensé à ce match parce que c’est cette génération de joueurs qui m’a offert mon match de référence. Celui de la beauté ultime des diables. Coupe du Monde 1990. Un foot de rêve. Un match. La grâce. Plus jamais je n’ai autant aimé les diables dans leur jeu. C’était fluide. Technique. Physique. Ils volaient. Ils ont perdu. Et peut-être tant mieux en fait. Ils sont mes légendes. Les « Magnifiques ». Depuis lors, j’attends. Ce moment. Où l’équipe belge nous offrira plus beau, plus fort, plus inspiré encore que les frappes magiques de Ceulemans et Scifo. Les duels de Michel de Wolf et les chevauchées d’Eric Gerets. Je m’en suis rapproché une fois. Un soir, très tard, d’une nuit brésilienne. Deux bras levés. Lukaku et Debruyne. Dans mon souvenir, au moins « 250 » tirs au but… l’homme araignée en face de nous… Puis l’Argentine et l’oubli de cette image de 8ème de finale d’une coupe du monde de deux entraineurs discutant au bord du terrain, comme deux vieux amis… la fatigue.

Dans quelques heures, ce sera un nouveau concert, une nouvelle danse, un baiser de cinéma… on va rire, jurer, s’embrasser… on pense déjà aux chevauchées fantastiques de Kevin, aux gestes techniques d’Eden, de Yannick, de Dries. Aux duels gagnés de Radja, Axel ou Marouane. A la rigueur zen de Toby, de Jan et Thibault… aux « magnifiques » qu’ils peuvent être pour mon fils et ses copains… on va espérer une lucarne, un retourné, un arrêt magique, un foot plein d’envie, de jeu, d’émotions… d’amour…

Après, nous retournerons à nos vies, à nos charges, à nos réflexions sur la vie, sur la société, à mieux vivre ensemble… après le jazz, après la danse, après le concert, après le film, après le match… après un moment de parenthèse… la vie en somme…