Grèves, Primark et « Tout Autre Chose »

120 000 manifestants un 6 novembre. Des grèves tournantes qui, chaque semaine, rappellent inlassablement que la tension sociale est à son comble. Aucun espace ne semble ouvert pour un dialogue entre les partenaires sociaux. Ce qui contraste actuellement, ce n’est pas tant la difficulté de dialogue entre les syndicats et le gouvernement. Non, c’est le gouffre qui apparaît entre les syndicats et la FEB, symbolisé par les deux personnages extrêmes que peuvent être Pieter Timmermans (FEB) et Marc Goblet (FGTB).

L’un comme l’autre cristallisent sans doute le pire des deux institutions. D’un côté, Timmermans figure le patronat tout puissant, exempté de conscience, sans empathie pour la situation sociale dramatique dans laquelle les mesures qui vont être prises par le gouvernement fédéral vont toucher des familles entières et les plonger dans la précarité. De l’autre côté, Goblet trace jusqu’à la caricature parfois limite une forme de totalitarisme syndical où finalement tout est permis quand on ne pense pas comme lui, sans prendre conscience non plus que certains indépendants par exemple n’ont pas d’autres possibilités que de travailler sous peine de devoir fermer boutique. Au final, en plus d’une situation sociale dramatique, le sentiment que vient s’ajouter un climat de tensions quasi jusqu’à la rupture entre différents univers, faisant vaciller fortement la cohésion sociale de notre société. Des mondes s’affrontent.

Dans cette tension palpable, un événement économique. Primark. Symbole d’une société ultralibérale forte. Des prix bas, des conditions salariales et de bien-être des ouvriers de l’entreprise qui sont exécrables. Et des files et une foule énorme devant le magasin. La victoire du marché libéral en somme. Sans doute une série de personnes qui ont été dans les rues le 6 novembre. Impossible autrement. Le cynisme de notre société à l’état pur. Les budgets familiaux baissent. Pouvoir habiller une famille à prix réduit, cela compte, d’autant plus avec ce qui va arriver. Les conditions de travail, de statut, celles pour lesquelles nous nous battons, oubliées le temps d’un achat à 5 euros. Ikea, Ryanair et H&M nous avaient déjà montrés le chemin, une forme de lobotomisation de l’esprit, ou plutôt d’accoutumance au « low cost ». Un sillon creusé. Inlassablement.

Dans ce marasme ambiant, dans nos contradictions. Une ouverture. « Tout Autre Chose ».  Un mouvement citoyen qui voit le jour. Un appel à un autre « vivre ensemble ». Une démocratie où les citoyens développent un pouvoir d’action propre, débattent, proposent d’autres voies pour nous permettre de faire face aux défis d’une société multiple, pour aussi essayer de contrer la force d’une société ultra compétitive, qui détricote les liens sociaux et construit un monde centré exclusivement sur soi.

Certains pérorent déjà. Un mouvement de plus. Sans doute noyauté, peut-on entendre aussi. Des peurs. Parce qu’un tel mouvement, cela met à mal le monde politique, dans sa capacité à proposer un projet porteur et dans sa faculté à développer de la justice sociale. Mais pas uniquement. Les syndicats aussi. Le mouvement porte sur une réflexion plus générale quant aux fondamentaux du « vivre ensemble ». Que faisons-nous ensemble ? Comment ? Pourquoi ? Quelles finalités ? Et pas uniquement sur des questions d’acquis sociaux, de centration sur le travail. Le patronat certainement. Remettre en cause le système, déjà rien que l’idée d’y réfléchir, c’est imaginer que le système ultralibéral puisse être doucement vacillant. Les circuits courts alimentaires, les « Fair Trade » tentent depuis des années un autre sillon…  Imaginer… cela me fait penser aux médias… et au rôle qu’ils ont à jouer dans le traitement de l’information. Et de penser à « Imagine Demain le Monde », qui nous propose dans son nouveau format une information nourrissante, qui fait sens et de « revenir à la vie »… C’est tout le mal que je nous souhaite…