30 août 2026

[Parenthèse 64…]

Quelques crissements de chaises se laissaient entendre. Le regard porté vers les photos qui défilent, sans rien laisser encore transparaître de son désarroi, il ne cesse de penser à son rire qui emplissait les arènes de leurs exploits. Derrière lui, les larmes dessinent quelques traits sur les joues embuées. Un raclement de gorge, un silence rempli des histoires que chacune et chacun se racontent dans sa tête, attendant tristement que la batterie de Warpaint s’éteigne, les voix se mélangeant aux réverbérations des pleurs qui retentissaient dans les cœurs réunis dans cet antre sépulcral.

Premier d’une liste qui ne cessera de s’allonger au fil des secondes qui vont se mettre à défiler plus rapidement chaque année, ils enfournent quelques sandwichs. « Gun » s’immisce. Ils rigolent, enfin. La main sur son cou, la tête posée sur une épaule, ils pensent encore au moment où ses enfants les ont appelés pour décliner la playlist qu’il avait décidé de dégoter pour cette journée. Sa fille se pose doucement à leur table, la main sur son ventre, elle sourit. Quelques mètres plus loin, des enfants jouent sous une table, riant aux éclats des pitreries d’aînés qui ont décidé de s’en occuper.

Les derniers partis, il ne reste plus qu’eux, ses enfants et leurs conjoints. Ils ne doivent rien ranger. Il avait tout arrangé bien avant son départ. Ils ont mis le son un peu plus fort, déplacé quelques tables, une bière ou deux continuent à couler. Juste eux, ils peuvent enfin se lâcher. Robotique, l’un d’eux se met à danser. Il faut dire que les sons syncopés de « Velvet Rope » s’y prêtent insidieusement. Un autre, prenant sa compagne dans ses bras, l’embrasse, tendrement, profondément, savourant chaque seconde de leurs lèvres humectées par leur amour défiant les chemins vieillissants. Les enfants, les siens, se joignent à ce ballet, rempli des amours de leur père…

Ses pieds se posent l’un après l’autre sur ce tracé caillouteux. Emmitouflé, les écouteurs dans les oreilles, il poursuit un autre chemin, évanoui à plusieurs milliers de kilomètres des siens, derrière une mort qui l’arrangeait bien…

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]