09 août 2026

[Parenthèse 63…]

L’air chaud s’imprégnait dans les légères particules humides qui parcouraient les plis des corps qui s’époumonaient sur le chemin, non loin de là. Les tenues sportives, trempées, proposaient différentes couleurs, variant les tons et les envies. Sous les feuillages, les pieds foulant la terre séchée, quelques voiles de poussière traînaient, là où les bouches ouvertes, haletantes, goûtaient aux sels de leurs sueurs.

Quelques badauds s’étaient avancés sur le bord du chemin, en retrait de l’entrée toute proche où quelques écureuils observaient, figés, ces âmes s’infiltrer les unes aux autres. Quelques bouquets s’invitaient, les tons ne laissant rien présager de l’endroit où chacun pouvait se trouver. Juste quelques mains qui se tiennent, un rire ou deux, des bras dénudés, un peu d’insouciance.

Au bord de la fenêtre, assise, elle rigolait, venant de comprendre la blague un peu triste qu’il venait de lui partager. Puis le silence qu’ils se laissent. Cette mélodie qui s’évapore dans la pièce et au-delà, dans cette avenue où le soleil ne s’arrête pas, juste la voix de Steve Lacy, et leur regard qui en dit long sur le sentier inachevé qu’ils souhaitent emprunter.

Dans le ciel, les nuages naviguent, tentant désespérément de se voiler. Les chants des oiseaux s’éparpillent, laissant cet enfant sans voix, lui qui dîne juste là, sur la terrasse avec ses parents, qui s’émerveillent patiemment de sa ténacité à ne pas vouloir ouvrir la bouche face à leurs grimaces. Accoudé au bar, il les observe, attend quelques instants avant d’aller les débarrasser. Il prépare déjà la note, il a hâte de rentrer et de retrouver la sienne de fille, qui doit être occupée à la plaine de jeux.

Depuis dix minutes, il est là, debout, à penser à ce monde qui bouge autour de lui, d’autres dans sa tête, cheminant au gré de sa mémoire chevauchant les grands vents. Sur la pierre, en face de lui, il dépose quelques nouvelles fleurs. Il déplace les autres. Il pose sa main, délicatement, sur les souvenirs qu’il retrace, les moments passés et ceux qu’il aurait encore voulu vivre. Elle aurait certainement souri en écoutant les histoires qu’il lui partagerait sur les enfants, ses petits-enfants, et sur la vie qui s’éloigne. Combien de temps il faudra, tu le sais, toi.

En remontant le chemin, il pose ses écouteurs dans les oreilles, attend d’avoir passé les grilles pour entamer de petites foulées, aller rejoindre le chemin balisé, un peu tamisé, et pouvoir s’époumoner pour essayer de continuer à avancer, laissant Thomas Azier le soin de l’emmener vers la beauté…

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]