[Parenthèse 57…]
Le soleil inondait la plaine de ses rayons ardents. Les extrémités légèrement refroidies par l’humidité, elle ne sentait pas la chaleur se lever et prendre possession des herbes qui flirtaient patiemment avec les gouttes de rosée. La fraîcheur de sa peau, enveloppée d’années à traverser les chemins de randonnée au son de ses foulées, passagères incandescentes de ses peurs comme de ses envies d’aimer.
Elle dévalait depuis deux heures déjà les pentes et les recoins de ses contrées, parsemées des effluves de ses aventures passées. Elle rythmait ses muscles tendus à la voix et aux guitares de Gaz Coombes. « Long Live The Strange » lui rappelait les notes passées de sa jeunesse, où elle côtoyait des corps chaloupés au son de Supergrass ou d’Electronic.
À la lumière venaient parfois se cogner de plus sombres pensées. Il lui suffisait alors d’un pas plus assuré, d’une pierre contre laquelle frapper, pour se déloger de la noirceur tentaculaire qui pouvait lui ronger les tendons et les muscles, au point de sentir à l’intérieur d’elle des sentiments enfouis d’une rage extrême. Elle respirait à pleins poumons les effluves des senteurs matinales qui pouvaient lui donner l’envie pressante de partager la tendresse d’un moment singulier avec lui. Sa peau douce se conjuguait à la tendresse de ses yeux quand il finissait par la regarder, nus et allongés sur son canapé, ses gestes marquant son envie de simplement lui signifier qu’ils pouvaient s’abandonner sans crainte, ni l’un ni l’autre, de s’empoisonner ou de s’empêcher de respirer. Comme le dirait Jean-Louis, elle fredonna ces quelques mots dont elle se souvint : « que Vénus retient ».
En arrivant, elle huma les odeurs particulières qui embaumaient systématiquement son chez-soi. Elle sourit. Là où il se trouvait, perché au milieu des geais et des bois, à la lisière de la fin et du chemin, on l’entendait chanter « Temptation », montant le son pour s’imprégner de la basse de Peter Hook. Elle se laissa le temps de l’imaginer se déhancher et s’enivrer sans se soucier d’un regard posé sur un corps qui simplement se contorsionne et se donne, laissant les larmes et les espoirs se mêler à la jouissance pure, animale ou simplement humaine, qui l’inonde et le noie parfois.
En se réveillant ce matin-là, il savait qu’elle viendrait, en empruntant le chemin qui mène vers les bois. Il ne le lui avait pas dit. Il savait toujours quand elle se décidait à venir. Il ne comprenait pas nécessairement pourquoi. C’était comme cela. Il laissait aux choses qui appartiennent à l’au-delà ou aux esprits le soin d’exister autour de lui, sans autre forme que de lire parfois des ouvrages sur ces sujets-là, juste pour approfondir.
Il l’aimait depuis la première fois. Il ne le lui dirait pas. Elle distillait parfois des bribes de ses chemins, ceux qui l’avaient menée à venir s’aimer dans ces contrées. Elle commençait, parfois juste là, puis s’arrêtait, le son, une voix, les disques ou les films qu’ils écoutaient ou regardaient emportant son regard et ses mots vers d’autres endroits qu’il lui laissait le soin de partager quand elle s’y sentait confortable. Il savait maintenant qu’elle était juste devant. Il laissa Bernard Sumner s’éteindre pas à pas. « Famous Last Words » enchaîna. Quelques instants, il se laissa le soin d’imaginer lui fredonner qu’il serait toujours là.
[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]
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