26 novembre 2023

Parenthèse 25… 

15h59 Il ne devait plus rester que quelques minutes pour espérer changer le cours des choses. Personne ne lui avait vraiment dit ce qu’il fallait faire. La peur le tenaillait depuis quelques heures déjà. Assis sur la terrasse du café, il avait enfoncé encore un peu plus dans ses oreilles les écouteurs noirs qu’il avait achetés il y a quelques mois. Timoré, il avait décidé d’écouter religieusement quelques albums des Killers et des Editors. Cela faisait maintenant la dixième fois qu’il repassait en boucle « Silence » et « Quiet Town ». 

A l’autre bout de la terrasse, juste en face de la fontaine qui trônait sur la place du village, elle avait posé ses lèvres sur la bouche de ce garçon de passage, élégant jeune homme qui venait passer ses vacances dans les coins reculés des terres occitanes. Au moment de l’embrasser, quelques guêpes étaient venues se poser sur les bords des verres de ces cocktails acidulés et alcoolisés. La température ne laissait rien présager de bon. Juste une de ces journées d’été qui s’étire négligemment. 

Les jambes posées sur le rebord de leur balcon, ils regardaient sur l’écran les images des corps musclés et affamés des athlètes de ces Jeux démesurés. Ils habitent normalement à deux allées et trois avenues du site proposé. S’expatrier pour mieux en profiter. Surtout leur compte en banque à vrai dire. Les vacances au soleil du Gard se compteront en augmentation de revenu. S’allonger, s’aimer et capitaliser.

Personne n’était venu l’aborder. Pourtant, ils s’étaient bien dit 15H45. Cela faisait maintenant 14 minutes qu’il attendait patiemment. Il avait pris un petit café. Deux mètres à sa gauche, il pouvait observer un jeune un peu engoncé qui semblait ne pas mesurer la chaleur qui pesait ce jour-là. Il avait souri en entendant les légers cris provenant d’une des chambres de la place. Les vacances, certains en jouissent plus que d’autres. Il comptait plier bagage quand elle est venue s’asseoir à sa table, s’excusant du petit retard. Elle devait amener son fils chez un ami. Elle était libre à présent. Il avait noté sa chevelure titanesque et son sourire romanesque. Il savait. Amoureux.

Cela faisait bien 10 minutes qu’elle l’observait depuis sa voiture garée en contrebas de la place. Elle avait une vue panoptique sur la terrasse du café. Ils s’étaient appelés après la soirée qu’ils avaient passées chez une amie commune. Son flegme et sa gentillesse lui donnaient un charme peu commun. Il n’était pas vraiment beau et elle ne l’imaginait pas beaucoup en amant flamboyant. Elle avait surtout pensé à la chaleur de ses bras et à la douceur de ses mots quand la vie les abandonnera. Elle claqua la portière et en arrivant à sa hauteur, elle s’entend lui dire qu’elle a amené son fils chez un ami et qu’elle est totalement libre maintenant. Elle avait souri en voyant son regard se poser sur ses cheveux qu’elle avait lissé le matin même. Elle savait. Il était amoureux.A 16h, un homme se leva. Il regarda autour de lui les corps et les voix qui s’élevaient de cet endroit. Il n’entendait pas vraiment. Il était passé à d’autres choix. Personne ne faisait attention à ses pas. Il respirait. Il fredonnait. Il sentit une goutte s’insinuer sur les lignes ajustées de son corps. Il s’avança. Puis délicatement, sans coup férir, il sentit quelques doigts se poser dans la paume de sa main et la serrer. Il sourit. Il s’accroupit. Juste les deux petits bras autour de son cou qui s’agrippèrent. Un bisou. Et quelques mètres en contrebas, un petit qui s’endort déjà… 

[ Prenez infiniment soin de vous…et de ceux que vous aimez… ]