[Parenthèse 23… ]
{Samedi. Le soleil d’automne baignait la cuisine d’un soleil bas, teintée des lumières ocres des feuilles qui tenaient encore négligemment sur les arbres de moins en moins touffus du jardin.
A quelques mètres de son regard, elle pouvait observer ses frères et sœurs, né.es d’un premier mariage. Ils s’étaient toujours aimés d’un amour profond, construit sur des différences d’âges qui leur donnaient parfois l’impression de découvrir des univers différents quand ils se racontaient leur quotidien. Le plus jeune d’entre eux, qui avait pour demeure une douceur abyssale, passait régulièrement la voir dans l’appartement que leur père et sa mère lui avaient laissé.
Les autres, affairés aux quatre coins d’une vie toujours plus dense et éclatée, ne manquaient jamais de l’appeler, dans une posture plus parentale qui pouvait parfois l’irriter, même si elle ne niait pas la gentillesse qui animait leurs intentions. Elle sentit une main se poser sur son épaule, l’extirpant de ses pensées et du léger sourire qui inondait son visage. Sans se retourner, elle se lova délicatement dans les bras ni trop musclés, ni trop frêles, de son compagnon. Elle aurait donné beaucoup pour qu’il l’emmène, là, sur un coup de tête dans le petit village où ses parents avaient décidé de s’installer il y a maintenant quelques années, au cœur profond de cette Asie qu’ils aimaient tant.
La technologie avait beau être puissante, et les possibilités nombreuses de pouvoir se voir, elle aurait voulu se plonger dans la profondeur des yeux de son père et la beauté intemporelle et délicate de sa mère. Plus que tout, et même si elle connaissait chaque partie de leur histoire, elle se délectait de la puissance des astres et des dieux qui parfois, au détour du marasme incandescent d’un monde qui se consumait dans les horreurs les plus innommables depuis la nuit des temps, pouvaient prendre le temps de s’attarder à dessiner des récits singuliers, au contour de l’élégance et du romantisme le plus ancré.
En posant ses mains sur son ventre, elle sentit leur bébé bouger. Elle n’avait encore rien annoncé, attendant les quelques semaines nécessaires permettant de s’assurer qu’ils pouvaient se projeter. Elle s’imaginait sa mère avoir ressenti les mêmes sensations au moment où les larmes lui montaient aux creux des yeux, cette sensation étrange et particulière que tout cela aurait pu ne jamais exister si son père et sa mère ne s’étaient pas aimés, si des gestes n’avaient pas été posés, si elle n’avait pas été élevée dans l’idée que tout était possible, en suivant ses chemins. Elle se retourna. Il n’avait d’yeux que pour elle. Doucement, il déposa un léger baiser sur ses lèvres, non sans lui susurrer qu’ils pouvaient maintenant les rejoindre et les inviter à partager la nouvelle qui les inondait depuis 3 mois déjà.
En arrivant dans le jardin, elle les regarda à nouveau, toutes et tous là, et béni une dernière fois les astres qui la protégeaient depuis la nuit des temps. Elle devina aux loin deux silhouettes, s’arrêta nette. Un léger vent balayait le jardin, quelques aboiements, sa main qui serre plus fort. Il sourit. Les yeux pétillants, la démarche élégante, son père et sa mère déambulaient lentement, sa main dans la sienne, ou vice-versa, elle n’avait jamais su qui de l’un ou de l’autre…}
[ Prenez infiniment soin de vous…et de ceux que vous aimez… ]