Archives pour la catégorie Non classé

30 novembre 2025

[Parenthèse 54…]

L’écran noir venait de s’éclipser dans le brouhaha des vestes qui s’immortalisaient dans un simulacre de mouvements de corps se regardant s’activer pour s’en aller traîner vers d’autres chemins. Quelques rires s’amoncelaient quelques rangs devant, près d’un couple de personnes plus avancées en âge, qui s’étonnaient de la fureur de vie qui s’échappait vers les portes qui annonçaient les départs, sans retards ici.

Tout occupé à écouter la musique qui s’infiltrait dans les coins et recoins de la salle obscure, il semblait imperturbable à la danse contemporaine, puisant dans sa respiration la concentration nécessaire pour se laisser subjuguer par les notes de piano, subtilement déployées et caressées par quelques cordes qui embrasaient la syncope des marées qui, subrepticement, venaient tutoyer la profondeur qu’il pouvait ressentir viscéralement.

Dehors, des milliers de muscles bandaient, se touchaient, parfois s’évitaient. Quelques klaxons et vrombissements pouvaient s’entendre, accentuant le poids d’une frénésie non contrôlée, suspendant le temps sur le fil synoptique, les moindres détails rendant compte de la tension citadine. Çà et là, une pause s’encastrait : des baisers en chocolat, une main qui caresse une peau, des lèvres qui se joignent et prient l’amour naissant qui se coagule.

Ses pas ne le menaient pas. Décuplée, sa force s’enfonçait sur les trottoirs de la capitale, sale et violentée un peu plus chaque année. Puissant, il s’invitait, dans une source incandescente et mesurée, à déverser les pensées qui le consumaient, et Richard Hawley l’accompagnait dans le souffle des guitares de « Don’t Stare at the Sun », le brûlant de larmes incantatoires et désespérées face au vide des âmes qu’il dépassait, tant à gauche qu’à droite, sur ce chemin pavé d’intentions insidieuses et mordantes.

Soudain, son cœur chuchota la douceur d’être là, porté par la voix qui le hélait là-bas, à quelques mètres de sa propre voie. Un instant, le parc, qu’il enjamba délicatement pour des raisons que seule son âme emportait dans ses pas, lui renvoya encore une fois les sons de cette rive qu’il allait rejoindre, un vol d’oiseau sans peine. Elle était là. Son écharpe lui ceignait le cou. La pluie, qui avait commencé à couler le long de ce ciel un peu plombé, se déposait patiemment sur ses cheveux, traçant les sillons d’un chemin parcouru à deux. Arrivé à portée de ses mains, ils prirent le temps de se regarder, de sourire et de rire, pour finalement s’enlacer, s’embrasser et s’aimer.

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]