08 février 2026

[Parenthèse 59…]

Le soleil était haut dans le ciel. Le bleu venait se marier avec les traînées poudreuses des nuages qui inondaient la plaine. Silencieux, il était possible d’entendre les bruits des animaux et des insectes jouant leurs partitions respectives, s’adressant, pour les uns, des plaintes sans vergogne et, pour les autres, des râles d’envie.

Les champs, qui immaculaient les revers des monts qui jonchaient la région, s’imprégnaient de cette vie qui se cachait parfois aux regards des mouvements protéiformes des humains qui se baladaient sur les chemins escarpés.

Elle se tenait droite, la main posée sur la balustrade de la terrasse. Le visage, fouetté par le vent léger qui traversait cet instant, ne trahissait pas l’émotion qui venait de la prendre. Elle regardait au loin. Du moins, c’est ce que devait penser le renard qui était tapi dans un fourré.

Elle s’était arrêtée de respirer quelques secondes. Ses yeux, rivés vers l’horizon, le voyaient s’arrêter sur le chemin. Sa tenue bariolée, mélangeant le rouge sombre aux lignes noires injectées de ci et de là, venait épouser ses muscles saillants, qui semblaient ne pas endurer le temps.

De là où elle était, elle pouvait ressentir sa peau immaculée, cette sueur diaphane qu’elle aurait voulu, à ce moment, pouvoir toucher indéfiniment. Sans autre mouvement, il s’était assis dans l’herbe. Elle imaginait, en l’observant patiemment, qu’il devait écouter une de ses chansons qu’il aimait tant. Peut-être. Elle ne savait pas.

Elle se retourna, prit le temps de remettre ses cheveux, un peu à l’étroit sous le chapeau qu’elle portait. Elle se demandait d’ailleurs pourquoi elle avait mis celui-là ce matin. Les bras croisés sur son torse, elle sentit un frisson la parcourir, juste pour lui rappeler qu’il pouvait encore faire froid au cours de ce mois.

Elle parcourut l’espace qui la séparait de la porte. Regarda encore au-dessus de son épaule pour voir s’il était toujours là. Elle lui fit un signe, un baiser qui s’envola. Dans ses yeux, elle vit le sourire qu’il lui renvoya. Elle scruta son visage. Il était fatigué. Il n’avait pas changé.

À peine la porte refermée, elle entendit les pas. D’abord une petite voix. Puis la cavalcade. Elle sourit, déposa son chapeau sur la bibliothèque. Elle sentit une petite main se déposer dans la sienne, puis la prendre dans ses bras.

Elle se blottit contre elle et lui déposa un baiser, celui que ne peuvent donner que les petits-enfants à leurs grands-parents. Un peu plus sourds, les pas de son fils et de sa belle-fille ne tardèrent pas à descendre.

Tout le monde souriait. L’odeur de café avait doucement envahi la pièce. Le pain sur la table n’attendait plus que les lampées de choco et de confiture pour se délecter d’un mariage très peu raisonné.

Il s’était approché des vinyles. Il en prit un, le déposa sur la platine. La pochette dans les mains, il choisit un sillon en particulier. Au son qui venait d’émerger, il prit soin de l’observer. Elle se tenait droite, assise sur la chaise, occupée à regarder Manon manger. S’il avait été juste à ses côtés, il aurait vu ses yeux briller, quelques larmes s’empêchant de couler.

Dehors, le vent s’était un peu plus levé…

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]