28 décembre 2025

[Parenthèse 56…]

Emmitouflés dans leurs parkas noirs jais, les joues rosies par les températures hivernales qui s’étaient immiscées dans les vents contraires submergeant toutes les plaines et les villes depuis des milliers de kilomètres, ils essayaient de manger tant bien que mal les gaufres chaudes qui papillonnaient d’une bouche à l’autre. Les rires cachaient leur plaisir de se délecter l’un de l’autre plus que de la pâte qui collait sur leurs lèvres sucrées.

Ils n’avaient pas vraiment fait attention aux deux petits garçons qui tentaient de jouer avec ce ballon qui glissait sur les neiges boueuses du terrain qui jouxtait leur chemin, juste à gauche, en suivant les traces des passants. L’arbre, légèrement éventré par les glaces qui s’infiltraient dans les écorces racornies, invitait chaque amant à s’embrasser goulûment, histoire que leurs corps et leurs vies s’irriguent des onguents d’un amour passionnant.

Chaque pas les amenait dans des contrées qu’ils arpentaient depuis des lustres déjà. Elle ne pouvait s’empêcher de rire aux éclats, quelques glaces se brisant à la lueur de ses sons et de ses doigts qui chevauchaient délicatement sa main, qu’il avait patiemment posée dans celle qui traînait le long de son corps, attendant d’être demandée délicatement. Près de cette tension heureuse, des patineurs s’élançaient sur l’étang gelé, inconscients que, sous cette glace épaisse, de multiples étoiles s’amusaient à danser dans les vasques marécageuses au son des griots lumineux.

Elle avait commencé à enlever son pull, le feu s’étant emballé quand il avait entendu le souffle épris de ces deux-là prendre possession des lieux. Quelques parts sous le plancher, des araignées gambadaient, affairées aux derniers préparatifs : des toiles et des toiles à filer, il y avait un repas à préparer.

Sur le canapé, un peu écorné par des milliers d’années à voir des êtres s’aimer, ils décidèrent de se déshabiller, à pas feutrés, sans sourciller, avec volupté. Ils dévoilaient leurs corps, quelques ratures, des courbes qui sentaient les aventures et les coups portés. Humbles, ils passaient leurs vies aux doigtés des âmes qu’ils avaient décidé de partager, laissant le silence s’imprégner de leurs râles et de leurs sourires, apaisés par tant d’années à enfin se pardonner.

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]