02 novembre 2025

[Parenthèse 52…]

La pluie tombait drue sur les pavés de cette rue qui transpirait les odeurs multiples d’un chemin abandonné. Quelques regards s’abandonnaient vers des points de fuite, les horizons s’étalant nonchalamment, étirant le temps.

Délicatement, la boue commençait à prendre possession des moindres traces de gravier. les interstices s’invitaient dans cette danse vagabonde, ondulant entre les sillons. Les perles s’agglutinaient jusqu’à déborder des excavations les plus proches.

Pas à pas, ils emboîtaient les flux que les sillons creusés par les courants leur imposaient patiemment depuis quelques minutes, s’amusant de leurs visages fouettés par les embruns citadins qui s’invitaient sur ce chemin entrant progressivement dans ce bois peu éclairé.
Ils tendaient l’oreille, scrutant le moindre bruit qui éveillerait en eux quelques frissons, leurs paumes s’adonnant silencieusement à un amour puissant.

Au-dessus d’eux, dans ces combles qu’ils avaient aménagées il y a peu, quelques tissus flottaient négligemment, le vasistas laissant respirer autant les murs de cette vieille bâtisse que les corps qui, plus bruyamment maintenant, s’inspiraient de la chevauchée des Valkyries.Sur le coin de la table de chevet, quelques livres s’entrouvraient, bercés par les effluves des mouvements. 

Quelques sons s’entrechoquaient. Juste, infiniment plus distincts, quelques accords de guitare surnageaient. La voix de Suzi Dian s’emmêlait avec celle de Robert Plant : profondeurs crépusculaires, vagues successives, lancinantes, hantées par les contrées qui s’invitaient profondément dans les peaux — sucrées, légèrement fanées —, qui jonglaient avec les jouissances successives que les années avaient appris à maîtriser, privilèges des expériences des âges qui avancent.

Au bout de quelques kilomètres, arrivés devant la maison recherchée, abandonnée au milieu des arbres tentaculaires, ils continuaient de sourire, pris par les souvenirs du bâtiment recroquevillé que leurs parents leur avaient montré il y a quelques mois déjà. Ouvrant la porte avec la clef qu’ils leur avaient donnée, humant l’odeur de la pluie boueuse se noyant dans la terre schisteuse, ils déposèrent leurs vestes sur les chaises de la cuisine, attendant que viennent résonner d’ici peu les pas amoureux de leurs vieux…

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]