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19 octobre 2025

[Parenthèse 51…]

6h00
Il n’avait pas encore terminé de prendre sa douche. La buée se posait délicatement sur les vitres, il n’entendait pas distinctement Peter Murphy balancer sa voix crépusculaire dans les airs, se faufilant entre les gouttes qui perlaient sur son corps tatoué. Les yeux fermés, il faisait défiler les instants passés. Et, un peu timide, il espérait qu’elle se refaisait le même film.

6h15
Elle ouvre un œil. Peut-être le bon. Elle ne sait pas. Elle respire quelques instants. L’odeur lui semble douce, même si elle sait qu’une intrusion laisserait sans doute penser que la nuit a été agitée, ou au moins accompagnée. Elle n’entend plus sa présence. Elle sent juste avec sa main qu’il vient de se lever. Elle tend la main, prend ses écouteurs, et laisse défiler les cordes et la voix de Vanessa, « Cœur ardent »… « et puis… »

6h45
Il dépose sa voix au creux, doucement. Ses cheveux se mêlent à sa barbe. Ils rigolent. Quelques rides s’installent furtivement sur leurs visages. Elle lui sourit tendrement. Ils s’embrassent. Les tasses de café attendent d’être partagées. Il hume la douceur trouvée. Personne ne sait vraiment s’ils entendent les coups de boutoir qui assènent le rythme qu’Alabama Shakes donne à « Another Life ». Leurs peaux se respirent à nouveau. Les frissons perlent.

7h30
Il monte le son. Surprise, elle le regarde danser dans la cuisine. Ils s’invitent. « On Division St » s’immisce dans les moindres parcelles de leurs corps. Ils s’ajustent, se rappellent leur jeunesse, les sons, les voix portées par des musiques électroniques. Ils rigolent tant et plus, leurs muscles se tendent, parfois à la limite de se déchirer, de tomber, juste l’équilibre à trouver. Baxter Dury et son « Mockingjay » prennent le relais, se laisser emporter, juste se libérer, se chercher encore et encore. Elle le regarde. Il voudrait aussi.

9h15
Dehors, quelques voitures s’affairent. On entend un chien aboyer. Peut-être un enfant qui pleure. Ils ne savent pas trop. Ils ne regardent pas l’heure. Emportés par la voix de Leon Bridges et les guitares d’Hermanos Gutiérrez, « Elegantly Wasted » installe les points de suspension. Elle lui prend la main. Il lui sourit. Elle pose son index sur ses lèvres. Il voudrait lui dire. Elle pose ses yeux dans son regard. Ils s’embrassent, comme la première fois, peut-être pour la dernière fois…

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]