[Parenthèse 48…]
« We’re onto something » humait l’air de la terrasse qui, illuminée par le soleil brûlant, imposait ses reflets blancs. Les lunettes de soleil posées sur son nez légèrement déformé, elle fermait les yeux, emportée par la voix chaude et lustrée de Caleb Followill. Elle réfléchissait aux quelques mots reçus hier soir, assez tard, pendant qu’elle buvait son verre de vin, accoudée dans son canapé aux pages qui commençaient à être torturées par sa délicatesse enflammée. « Kolkhose » transpirait les thèmes qu’elle aurait pu écrire si elle avait eu le talent et l’outrecuidance de laisser s’échapper les mots qu’elle aurait voulu dire aux membres de sa famille, oubliés, défunts et vivants retournés. Elle souriait. Personne de connu évidemment. Juste le courage de Carrère de les écrire.
« Paper Machete » embrasait la douceur de ses sens. Elle ne pouvait rester de marbre aux guitares qui fendaient les bruits sourds de ses questionnements persistants. Dans ce monde sans recul, perpétuellement dans l’affect de l’urgent, noyé dans l’humeur de la seconde, la souffrance et l’intelligence n’ont plus droit à respirer, à se tromper, à tergiverser. Or, comme la voix de Josh Homme, les tourbillons et les inflexions que peuvent prendre ses chemins aspirent à oublier cette radicalité de l’instant présent. Quelques gouttes d’eau perlaient sur son corps un peu abîmé. Le soleil n’avait pas trébuché. Elle relisait ses mots.
« Neverender » bousculait la démarche de son corps. Chaotique, son déhanchement s’improvisait dans une danse hérétique. Croyante, elle s’imaginait madone, peroxydée, les années d’une jeunesse qu’elle finissait par oublier. Kevin Parker inondait les voies et dans son salon, où la chaleur avait pris le pas, elle bougeait, inspirée par les rythmes psychédéliques. Aucune volute. Ni de regard enfiévré, juste quelques pas, des tournoiements, quelques moments de folie assumés, emportés. Juste tourner, et tourner encore. Et toujours ses mots qui résonnaient. Et résonnaient encore. Et encore. Encore…
« 1989 » déposait ses notes. Il n’avait pas encore sonné. Devant la porte, il l’entendait chanter. Il ne rêvait plus que d’une chose. Il posait sa main. Romantique, il s’imaginait comme dans ces films. Il rigolait et laissait couler ses larmes. Il savait qu’elle n’ouvrirait pas. Le temps était las. Les décennies étaient passées et, sans s’annoncer, elles venaient l’emporter. Juste sans crier gare. Tom Barman posait les écorchures et les déchirures nostalgiques qui l’inondaient depuis les résultats. La main sur la porte, elle écoutait son silence qui se déployait. Elle savait qu’il était là. Elle pianotait. « Faisons-en notre métanoïa »…
Personne ne sait ce qu’il adviendra. Mais si vous tendez l’oreille, vous entendrez « I’m Kissing you » s’envoler, indéfiniment. Inéluctablement.
[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]