[Parenthèse 49…]
Quelques brindilles craquaient, s’éparpillant au vent, la lumière s’infiltrait dans les interstices des branches qui scintillaient, s’époumonant à suivre machinalement les errements de ses pas sur le sol qui se couvrait de son silence, s’immolant sur les voies d’« Une passerelle sur la mer » qu’il écoutait, remuant la tête pour mieux s’imprégner de la paix qu’il devinait, quelque part.
Devant l’immensité du cimetière qu’il trouvait là, il prit le sentier le plus près, celui qui se dirigeait vers la peine qu’il portait en contrebas. Pointant du doigt l’horizon qui n’en finissait pas, il dégueulait les cris qui ne sortaient pas. Il entendait juste marteler « I should’ve stayed here » dans sa tête. Les animaux reclus dans les coins des feuillages touffus finissaient par se promener dans chaque coin des chemins qui croisaient les tombes des familles qui étaient enfermées. Pas un n’avait réellement compris ce qu’il cherchait. Juste ses yeux, qui pleuraient des larmes qui ne venaient pas.
Derrière le mur, juste en tournant vers la droite, après avoir contourné la fontaine qui ne coulait pas, il pouvait continuer ses allées et ses pas. Quelques idées lui venaient bien en tête. Le silence perçait à chaque foulée les derniers signes de son appartenance à un monde qu’il n’aimait pas. Juste, il acceptait encore les sons des chansons qui l’accompagneraient jusqu’à son trépas qu’il espérait de plus en plus proche à chaque souffle qu’il percevait dans son ventre. Il s’arrêta. Il ferma les yeux, posa ses yeux clos sur le devant d’une branche qui voudrait presque le serrer dans ses bras. Il devinait au loin « The Heart Is a Lonely Hunter ». Une goutte de sang s’échappa. Il ne la vit pas. Il entendait juste cette guitare.
Couché, la lune courbée dans un ciel noir et étoilé, il humait la terre qui s’immisçait dans ses veines. Il faisait le tour. Comme ses moments passés au fond de ce jardin, assis, neuf ans, et regarder encore et encore les nuages qui se baladaient dans les lueurs de ses rêveries et ses contemplations qui l’emmenaient dans les seuls endroits qu’il aimait partager avec cette tristesse continue qui l’envahissait déjà. Et la voix de son grand-père qui venait simplement le rejoindre et s’asseoir avec lui, comprenant que là-dedans il y avait toute la peine du monde qui s’éclatait déjà en des lumières de tendresse qui s’écraseraient dans la cruauté d’un monde qui n’est pas fait pour des yeux comme ceux-là. Couché, la lune courbée dans le ciel noir et étoilé, … il laissait flotter les mots et les sons de cette chanson qu’il se passait en boucle, et « Ce qu’on devient » laissait son corps s’en aller vers des cieux plus doux pour des âmes qui n’avaient rien à faire dans un monde aussi bas…
[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]