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24 août 2025

[Parenthèse 47…]

Elle était assise sur ce banc, son petit chapeau légèrement de biais sur sa chevelure blanche. Émaciée, elle regardait de ses yeux mutins les passants s’affairer à leurs vies bien remplies. Elle souriait, de cette douceur qui ne la quittait plus jamais. Par moments, elle s’appuyait sur sa canne, juste pour pouvoir bouger sa jambe.

Tendrement, elle fixa son regard sur ces deux êtres attablés depuis un moment à ce café légèrement tendance, où ils sirotaient deux jus de fruits. De là où elle se trouvait, elle n’aurait normalement jamais pu entendre ce qu’ils se partageaient. Mais il est des choses qui ne s’expliquent pas : elle percevait le moindre de leurs mots et, surtout, elle voyait leurs yeux qui, même dans les silences, continuaient à décliner un moment si précieux. Ces deux âmes qui se découvraient semblaient indéniablement heureuses de rencontrer enfin un alter ego dans un monde quelque peu en chaos.

Pendant que les serveurs et serveuses rangeaient les tables, eux aussi ne pouvaient s’empêcher de les aimer, les laissant encore quelques instants… En tendant l’oreille, quelques cœurs attentifs auraient entendu « Lonely Cowboy » s’égrener… peut-être…

Avec une infinie prudence, elle se leva. La brise du vent l’importunait depuis quelque temps déjà. Elle la transperçait littéralement. Autour d’elle, les rues continuaient de s’agiter, indifférentes à ses pas lents et précis, foulant les trottoirs qu’elle avait usés tant et tant de fois. Quelques ados riaient là, juste en bas. Ils ne la voyaient pas. Elle les observa, remit quelque peu sa veste et s’appuya légèrement sur le pommeau de sa canne.

Elle se revit alors : assise sur un banc, l’effervescence contenue des premiers mots qu’il lui avait adressés. Puis le temps des insouciances qu’elle n’avait jamais vraiment comprises. Leur jeunesse à dos de vélos et de chemins, de cahiers et de yéyé… Au bord d’un balcon, deux amis écoutaient tendrement cette mélodie d’Olivier Marguerit, « Une part manquante »…

Arrivée au cimetière, elle descendit lentement l’allée. Un rayon de soleil donnait le sentiment d’être invité à simplement se poser. Le vent, légèrement halé, « bruisse » les feuilles des arbres qui jalonnaient les travées. Sur le chemin voisin, des hommes et des femmes couraient, pédalaient, se promenaient en famille. Elle entendait leurs souffles, leurs pas résonner et marteler la terre un peu sèche, après ces semaines où le soleil s’était donné sans se freiner.

Doucement, posant sa canne entre les graviers, elle avança pas à pas. Il était là. Elle le trouvait toujours aussi beau. Il posa ses mains sur la pierre, balaya les quelques feuilles tombées et remit en ordre les plantes qui parsemaient la stèle. Elle trouva qu’il avait maigri, et n’aimait pas trop cette chemise-là. Sans crier gare, elle fut juste à côté de lui, sentit son parfum, posa sa main sur son visage. Il posa la sienne, à cet instant, sur sa joue. Un coup de vent peut-être. Imperceptiblement, elle lui prit la main.

Il regarda la pierre et, tendrement, lui dit : « Je t’aime. » Dans un écho silencieux, elle déposa sur ses lèvres un baiser, et lui répondit simplement qu’elle l’attendait maintenant…

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]