Archives mensuelles : juillet 2025

27 juillet 2025

[Parenthèse 46…]

6h25
Dans un coin du salon, elle essaie de s’étirer. Les ailes repliées, elle sent que les secondes lui échappent. Attentive, elle a bien noté que chaque mouvement la contraint à moins d’espace. Perdue, elle ne peut que constater les dégâts. Inévitablement, elle ferme les yeux. Le ciel bleu…
Patiente, elle observe. Tout est tissé. Chaque coin est relié, structuré. Il ne reste plus qu’à attendre, patiemment, que les contractions des membres, d’abord échevelés, puis éreintés, fassent leur œuvre. La fatigue, puis la résignation, prendront place dans tout l’espace de la petite cervelle de la proie. Patiente, elle la regarde s’époumoner, inlassablement s’aventurer sur les chemins de la fin programmée.

7h42
Sans avoir conscience que la vie poursuit son œuvre de destruction dans le coin de son salon, il se laisse emporter par la voix de Damon Albarn répétant inlassablement : « In the end, I had to pay », bougeant insidieusement son bassin tout en emportant sa tasse de café sur le rebord de la terrasse. Il laisse l’odeur s’immiscer dans son cerveau. Lucide, il examine la hauteur et mesure qu’il est sans doute trop optimiste. Il sourit. Il pose le baffle. Respire.

8h13
Elle n’a pas encore bougé. Elle ouvre un coin de l’œil, même si elle n’a jamais vraiment compris le sens de cette expression, qui lui semble plus désuète encore à y réfléchir. L’odeur des draps effleure les ébats d’une nuit agitée, bouleversée, émaillée de corps qui se sont époumonés à s’apprivoiser, à ne pas se brusquer, à éviter d’être blessés, comme leurs yeux se le sont raconté. Elle sourit.
Au travers de la fenêtre entre-ouverte, elle perçoit quelques notes de Tame Impala – « Let It Happen » – délicatement, elle dodeline de la tête et chante dans sa tête.

9h37
Aucun des deux n’a encore bougé. Plongé dans sa respiration, il s’est mis à méditer. Trouvant dans chaque souffle la force de continuer à exister, comme chaque matin depuis quelque temps déjà, sa pensée est focalisée sur cette phrase qu’il tient au creux de son bras.
Posée dans ses draps, elle se laisse le droit de jouir encore une fois, trouvant dans chaque respiration l’élan de s’abandonner à soi, comme chaque matin depuis quelque temps déjà.

10h02
Il entre dans la pièce. Michael Hutchence martèle « Don’t Change », rappelant que les années filent, que leur jeunesse s’est éloignée sans trop s’annoncer — juste comme ça, le temps de respirer et de jouir ici-bas.
Les effluves de café s’impatientent. Le petit déjeuner s’abreuve de leurs regards pas trop appuyés, invitant l’un et l’autre à ne pas encore parler.
Ils respirent…

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez.]