29 juin 2025

[Parenthèse 45…]

Sa tête avait heurté le sol avec violence. Quelques secondes qui lui échappèrent définitivement. Quand il reprit connaissance, il était couché, avec tout autour de lui le sentiment d’être perdu au milieu de nulle part. Il regarde ses baskets. Il a mal au crâne. Il ne comprend pas trop. Juste qu’il est passé de Cocorosie et son somptueux « Least I Have You » au burlesque « Beyond the Matrix » d’Epica. Normalement, selon ses calculs, il aurait déjà dû être dans la montée à ce moment-là.

Il ne sent rien de particulier. Juste le blanc dans ses pensées, comme si quelqu’un avait appuyé sur pause, l’espace d’un instant, celui de laisser la vie continuer inlassablement à s’écouler, sans lui. « Let’s Get Lost » laisse Chet Baker s’immiscer dans ses foulées. Il transpire. Il frotte ses mains sur son visage. Dans la pénombre des chemins asphaltés de la ville, il ne perçoit pas que les gouttes sont plus riches, plus abondantes. Il ne s’en soucie pas. Juste courir. Le froid ne l’atteint pas. La pluie, qui doucement s’invite, ne l’empêche pas d’accentuer la cadence, le souffle à peine audible. Il touche son visage. Il a un peu mal en dessous de l’œil.

Rien ne semble bouger autour de lui. Juste les traces évanescentes de l’hiver qui s’installe, laissant la faune et la flore citadine loin des carrefours bétonnés, pour se laisser happer par les corps dénudés sous les draps chauds de nuits endiablées. Il ne sait plus très bien depuis combien de temps il court. Le temps s’est un peu arrêté. Il regarde sa montre. 1h45 d’effort. Moses Sumney entonne « Doomed ». Il perd quelque peu pied. Juste encore un instant. Sans réfléchir, il saute au-dessus de la mêlée, celle de ses enjambées un peu survoltées. Il se met à rire, sans savoir s’arrêter. Il se sent si léger. Il se sent presque voler. Peu à peu, l’apaisement s’empare de lui, frénétiquement, violemment, sans lui avoir laissé le temps de s’y habituer.

Les cris de Psychonaut s’engouffrent dans son esprit, « The Fall of Consciousness »

11 h. Sur la place de la petite église, non loin de Stockel, les ami·es commencent à arriver. Personne n’arrive à réaliser. Dans leurs tenues endeuillées, ses enfants essayent de sourire et de réconforter la peine que les âmes, qui s’acheminent vers l’entrée, emmènent avec elles. Quand ils l’ont retrouvé, non loin de chez eux, allongé sur le bitume des trottoirs à moitié enneigés, David Bowie chantait « Rock ’n’ Roll Suicide », comme pour essayer de le réveiller. Assis, réconfortés par la chaleur de ce lieu habité d’autres flammes avant eux, les regards se consolent, les mains se pansent, et les souvenirs soulagent. Au moment où le cercueil pénètre dans l’arène, accompagné de la voix angélique de Tim Booth de James, les corps se lèvent, et chacun·e d’espérer que la douceur continue à s’inviter…

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez.]