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06 Avril 2025

[Parenthèse 41]

[8h46] La voiture filait tranquillement sur les routes sinueuses des flancs de montagne. Les rayons du soleil s’insinuaient dans les interstices des crêtes qui s’amoncelaient au fur et à mesure que les kilomètres s’accumulaient. Les réverbérations commençaient à jouer avec les couleurs des lieux, donnant à la nature environnante des allures d’espace divin. Quelques notes traînaient : « Welcome to my world » s’échappait de la voix de Curtis Harding, pendant qu’il tapotait sur son volant…

[9h39] La plage était encore déserte, seuls quelques promeneurs et joggeurs défiant le temps parsemaient les grains de sable de quelques gouttes de sueur. La mer, doucement, s’embrasait en allant se rouler autour des vivants, se faufilant dans les travées des courants. Le soleil daignait s’installer, à couvert pour l’instant, autorisant les corps les plus diaphanes à ne pas encore se calfeutrer. Et dans ses écouteurs, Axl Rose entonnait « Paradise City »…

[11h15] Un bouquet de fleurs à la main, elle s’installait délicatement sur la chaise de ce café. Tout en élégance, elle avait remarqué cet homme, la cinquantaine, attablé depuis quelques instants déjà, et qui, sans le vouloir, attirait son regard. Sturgill Simpson s’envolait, iconoclaste, lui rappelant les plaines américaines de son enfance. Discrètement, il avait levé les yeux de son livre, qu’il avait entamé hier, au même endroit, quasi à la même heure, espérant que cette femme, élégante, portant un bouquet de fleurs à la main, revienne encore une fois. On laissera le sourire des habitués répondre à la question des échanges qui ont suivi…

[16h08] Rien… juste le vent… enfin, plus exactement Armand Méliès… « Le Soleil en soi»… quelques notes de guitare… et quelques pas dans les allées du parc, sans savoir où aller. Un ballon qui vient taper ses pieds. Quelques excuses, « Ce n’est pas grave », un sourire. Ils ne sont déjà plus là. Effleurée, « Sorry », les pieds sur le pédalier, elle redémarre. Juste envie de s’effondrer. « Coucou, je suis au parc. Tu es où ? ». Elle a vu… et attendre qu’elle arrive… comme à chaque fois… ou pas…

[18h41 ou 18h42] Ce qui est certain, c’est que l’avion décolle dans 1h15. Les bagages sont en soute. Il regarde par la fenêtre du hall des départs. Personne ne sait qu’il part. Il a laissé plusieurs messages qui s’envoleront dans 2h : à sa patronne, aux enfants, à son ex-femme et à ses ami(e)s. Les dossiers sont clôturés, le frigo est vidé. Il ne s’enfuit pas. Il vit. C’est écrit comme cela, adapté à chacun(e). Non, ce n’est pas le fait qu’ils soient grands maintenant ou que sa culpabilité se soit envolée. Pas non plus le fait que la boîte tourne et que Margot s’en tire bien mieux que lui aujourd’hui. Il pose ses écouteurs. Sa tête dodeline. Il sourit. The Kills. « Future Stars Slow ». C’est ce qu’il a plus ou moins répondu à son médecin.

[23h49] La musique tourne. Quelques lumières, tamisées et colorées, lorgnent entre intimité et virtuosité. Les corps bougent, embués, engoncés, aériens, enivrés, enlacés, intimidés… Pour les uns, les notes resteront gravées dans les recoins de leurs lits en baldaquin, pour les autres, il y aura les traces des peaux humides, fatiguées, enrouées, enflammées. La gêne, peut-être, d’un coin de voile relevé. La sensation diffuse de tomber amoureux, ou simplement de s’être aventuré. Et là, au coin de soi, résonneront les cuivres d’« American Express » et la voix particulière de Molly Nilsson, laissant quelques instants encore les corps s’aimer…

[Prenez infiniment soin de vous… et de ceux que vous aimez]