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09 février 2025

[Parenthèse 38… ]

{ La pièce était remplie de l’odeur de sa sauce bolognaise qui mijotait depuis quelques minutes déjà. Il s’affairait pour que tout soit prêt. Il avait mis la musique un peu plus fort, Pierre Lapointe s’envolait avec quelques cordes pour l’accompagner au son de « Toutes tes idoles ». Il s’arrête et entonne les paroles qui lui procurent quelques frissons délicats. Il pose les assiettes, les verres à vin. Il s’affaire délicatement. 

Dehors, le ciel s’accorde pour laisser les corps se défouler, un peu se libérer aussi d’une ambiance morose, teintées de violences extrêmes, une sorte de parenthèse bleutée, ensoleillée. Des ouvriers terminent la toiture. Des enfants courent. Quelques téméraires, portés par les quelques degrés amenés par les rayons d’un soleil charmeur, s’installent sur les terrasses, s’emmitouflant dans les manteaux, et pariant sur la chaleur communicative des verres ou des tasses qui s’acheminent vers leurs gossiers secs.

Pendant que les sons plus électroniques de Yodelice inondent son appartement, « Hope » criant sa guitare saturée, il prend son téléphone, scrute le message, quelques sourires aussi. Parfois des nouvelles des enfants s’invitent. La télévision balade quelques cyclistes perdus dans les brouillards du Gard ou les labourés de Middelkerke. Il jette un œil distrait. Il est plongé dans ses pensées. Le travail entamé pour aller sonder son histoire. L’appartement semble si petit à l’instant. Il prend sa veste, son bonnet, s’assure que tout est éteint. Il pose les écouteurs dans ses oreilles. Dave Gahan martèle « Sinner in me ». Métallique. Organique.

Sur la tombe, les quelques fleurs ne bougent pas. 5 mois déjà. Il pose sa main sur la pierre, regarde autour de lui. On entend à côté, sur le chemin qui jouxte le cimetière, la sueur perlée sur les corps qui s’activent, des marcheurs aux cyclistes, des hommes et des femmes qui foulent, à de multiples vitesses, la terre éparpillée, parfois légèrement bétonnée. Les enfants et les parents, parfois les plus âgés, jouent, se parlent, se prennent les mains, abandonnés dans leurs vies qui avancent. Les quelques larmes qu’il n’arrive pas vraiment à faire sortir depuis inondent parfois son âme, quelques fois son corps. Il n’a jamais été autant blessé. Il respire. Il essaye parfois d’effacer de sa mémoire les images de son visage des dernières heures, celles qu’il aurait aimé éviter. Un enfant rigole au loin. Il sourit. 

Dans quelques minutes, ils arriveront. L’un après l’autre. Certainement qu’ils se prendront dans les bras. Doucement parfois parce que certains corps sont un peu meurtris. Certains cœurs aussi. Il y aura des blagues stupides. Dominique A viendra installer quelques secondes suspendues, « Ce geste absent ». Cela se tendra peut-être un moment si la politique s’invite, même si finalement ils ne sont pas si loin les uns des autres. Lui, il s’activera, les regardera, s’invitera dans les mots, les capsules de bières et les bouchons de vin serviront à jouer quelques instants dans les mains. Il y aura des rires sonores prêts à réveiller des morts. Quelques concerts à planifier. Des souvenirs à réveiller. Leur amitié et leur amour à partager…}

[Prenez infiniment soin de vous…et de ceux que vous aimez.. ]