23 février 2025

[Parenthèse 39… ]

{Pendant que certains oiseaux piaillaient dans l’arbre qui lui servait quelques instants de parasol, il regardait la ribambelle de fourmis s’activer patiemment, méticuleusement, toutes prêtes à porter et porter encore les quelques miettes qu’il générait en avalant trop rapidement le petit en-cas que la serveuse lui avait proposé quelques instants plus tôt. Le soleil pénétrait au travers du feuillage. Concentré, du moins c’est l’image qu’il pouvait laisser à cet instant, il n’avait pas entendu ses pas dans l’herbe de cette propriété. Elle posa sa main sur son épaule. Surpris, il renversa quelques gouttes de champagne sur les insectes qui s’éparpillèrent immédiatement. Au loin, là où la réception battait son plein, il pouvait entendre les notes d’« Open Hearts » se déployer. 

Lumineuse dans sa robe aux teintes chaudes qu’elle portait si élégamment, elle se mit à sourire de l’avoir enlevé de ses rêveries. Si les oiseaux ne s’étaient déjà envolés, ils auraient remarqué la tendresse que ses yeux profonds posaient sur cette silhouette qu’elle avait embrasée. Elle le trouvait particulièrement beau. Plus que d’habitude. Elle ne put s’empêcher de rire, « si les enfants m’entendaient », se dit-elle intérieurement. Elle essayait de deviner ce qui pouvait lui passer par la tête. Sans doute qu’il avait besoin de partir quelques instants. Elle entendit la voix de Heater Nova se poser délicatement dans les respirations des centaines de personnes invitées, et de voir leur vie se dessiner doucement dans ses yeux bleus qui maintenant la regardent si délicatement.    

L’effervescence palpable s’immisçait dans les retrouvailles des chemins perdus au fil des années. Pris dans une conversation avec ses témoins, il jetait tout de même un œil, et parfois deux, à ses grands-parents qui s’étaient assis en dessous d’une tonnelle qui donnait toute plénitude à une vision panoramique de la scène. Non loin de là, les enfants des ami.es jouent à se cacher, à dessiner, à faire sauter les ballons dans les herbes un peu folles qui habillent les étendues de cette journée qui restera gravée. Il sent un baiser se poser sur sa joue, et ces quelques mots lancés « j’y vais, ne t’inquiète pas, ils sont bien là ». « Elle a toujours su quoi faire », se dit-il tout bas. Et de regarder sa sœur se diriger vers les aînés. Sur le chemin qu’elle traçait dans l’herbe qui se couchait au gré de ses pas, elle pouvait entendre Jasper Stevelinck entonner « The Healing ». Elle n’avait pas encore vu que le troisième larron arrivait, les mains chargées de verres remplis à ras bord, missionnés déjà il y a quelques temps pour qu’ils ne meurent pas de soif. Il rigole en la voyant siffloter et les vieux le héler. 

Son regard s’est posé sur elle depuis un moment déjà. Il l’observe le regarder. De loin, évidemment, il ne peut sentir leurs émotions. Il s’imagine simplement l’amour qui doit les unir en cet instant précis d’une journée qui voit leur aîné se marier. Il porte son verre à ses lèvres. Il sent quelques frissons parcourir son échine. « C’est eux, tu sais, ne t’en fais pas ». Il n’avait pas remarqué sa présence. Il sourit, maladroitement. Elle comprend. Au début, elle avait du mal aussi. Juste la puissance de leur lien. Il remonte la légère pente. Elle se dirige vers les enfants et les parents. Ils les regardent prendre leurs chemins. Il arrive, un pas après l’autre, elle va à sa rencontre. Elle sourit. Il la prend par la taille… Il descend la rejoindre. Il court. Elle l’attend. Elle pose sa main dans ses cheveux…  « Je t’aime » … l’écho…  Ils s’embrassent… Et «Sleepwalking» de résonner doucement… }

[Prenez infiniment soin de vous…et de ceux que vous aimez.. ]