[Parenthèse 36… ]
{ Le ciel bas ne permettait pas au soleil de percer. Blanc, avec des nuances de gris, il se reflétait sur les pavés des trottoirs verglassés, enneigés depuis quelques jours. Les fourrures animales s’épaississaient, espérant traverser la vague de froid pendant que les manteaux permettaient aux corps meurtris de pouvoir s’épancher aux différentes allures que leurs imposaient les esprits joyeux d’un dimanche à aller se promener.
Elle observait de sa table les travaux inachevés à cause de ces conditions détériorées. Les couches de neige s’étaient amoncelées sur la toiture décharnée. Elle écoute, attentive, les violons s’imposer sur « The Road to Mandalay », devenue soudainement tragiquement mélancolique. Le café continue à fumer. Il doit être 16h35. Plus ou moins. Sans doute un peu plus. Elle a déposé délicatement le morceau de chocolat qu’elle avait en partie enfourné. Ses doigts sont marqués de quelques traces, il était resté près de la tasse. Sur sa cheminée, elle a déplacé les photos de ses enfants, de sa maman aussi décédée soudainement il y a quelques mois. Le vide s’installe, elle a froid.
Il courait depuis une bonne heure déjà. Emmitouflé, il avance à une belle cadence. Ses efforts se voient à quelques dizaines de mètres, symbolisés par les fumées qui l’encerclent. Une petite fille, qui tient la main de son papa, s’écarte et demande tout bas : « il fait cela pourquoi Monsieur, papa ? ».
Il n’a pas entendu. Peter Gabriel lui susurre les paroles de « Secret World ». Si elle l’avait bien observé, elle aurait pu deviner qu’il essaye de trouver, quoi il ne sait pas. Elle aurait même pu déceler que les yeux mouillés n’étaient pas dûs à la transpiration. La tristesse. Ou la mélancolie peut être. Il devait être 16h35. Plus ou moins. Sans doute un peu moins. Il pense au vide qui s’installe, à ses parents qui doucement s’en vont, le temps. Il accélère. Il commence à avoir un peu froid.
Ils se regardent. Elle rigole. Il continue à la regarder. Il sourit. Leurs peaux collées, un peu moites, puis un nouveau baiser, une main qui frôle sa cuisse, et une autre qui enlace sa taille. Il la couvre du drap. Sa peau marquait quelques frissons, juste là. La neige sur les branches d’arbres et sur les toitures donne à leurs ébats les contours d’un film de Noël. Ils se marrent. Elle pose une playlist de son père. Nada Surf, quelques guitares catchy, « Always Love ». Elle dépose son smartphone. Elle lui saute dessus. Les cœurs se retrouvent. Ils battent la chamade. Les yeux se trouvent. Juste eux… Il devait être 16h35. Plus ou moins. Sans doute beaucoup plus. Ils ne pensent à rien, remplis du trop-plein. Il ne fait plus jamais froid.
Elle s’était levée de sa chaise. Elle avait pianoté une petite heure sur son clavier. Quelques mots sans importance. Juste des petites histoires d’amour, de chemin et de temps qui passe. Il s’était remis à neiger. Elle s’était fait un autre café. Une forme de dépendance. Ou de chaleur. Un moment suspendu. Elle avait laissé de côté, depuis longtemps déjà, la solitude des émois. Elle rigole en pensant à ce que sa psy lui dira quand elle lui parlera de cette phrase-là. Elle se poste devant la fenêtre. Elle se trouve belle. Enfin. Elle ferme les yeux et laisse « The Rose » s’infiltrer dans chaque pore de son corps au son de la voix de Bette Midler. Elle espère qu’il ne fera plus jamais froid…}
[Prenez infiniment soin de vous…et de ceux que vous aimez.. ]
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