[Parenthèse 37… ]
{ Il avait entrouvert les yeux depuis quelques secondes. La lumière chaude des rayons de soleil s’invitait dans sa chambre. Il ne dormait plus jamais en fermant les rideaux. Il pensait même les retirer prochainement. Récemment, il avait été se renseigner pour changer les vitres et simplement ne pas permettre de voir l’intérieur de chez soi. Il aimait la douceur du dehors quand il se réveillait. Il n’avait jamais été perturbé par la lumière pour dormir. Ses doigts effleurent ses joues. Dehors, quelques oiseaux s’amusent à aller d’une branche à l’autre. Les feuilles donnent une densité majestueuse aux arbres qui se confondent à l’infini. Il n’a jamais regretté de s’être isolé.
« May Ninth » de Khruangbin s’impose dans l’atmosphère légère de ce matin dominical. Le café laisse s’écouler dans son corps les quelques minutes de chaleur intérieure qu’il recherchait encore.
Il pianote distraitement sur son téléphone. Les nouvelles ne sont plus ni bonnes ni mauvaises. Elles défilent, simplement, de démocraties en dictatures, de dictatures en démocraties, de l’ultra gauche à l’ultra droite. Il pense soudainement à certains de ses cours de sociologie, les temps longs, les cycles.
L’être humain, en somme. Définitivement.
Il entend le petit son net et précis de sa sonnerie. Un message. Pendant que Foals décoche la rythmique énergique de « Lonely Hunter », il pose son regard azuré sur l’écran. Le soleil a pris une place déjà plus centrale dans le ciel, et, attablé, il regarde l’herbe luxuriante de sa propriété. Derrière, les sentiers. Il dépose son téléphone. Sans un mot pour son chien qui aboie, il remonte dans sa chambre. Calmement, il bouge quelques caisses. Tout est bien rangé. Cela fait des années qu’il s’est installé. Il sait où se trouve chaque souvenir de là-bas. A son sourire, n’importe qui aurait deviné qu’il avait trouvé.
La fin de l’après-midi s’allonge aux pas qui effleurent les marches de l’escalier. Assis sur sa terrasse, laissant Barbara Pravi murmurer « Fantasme moi », il est immergé dans « Yoga » d’Emmanuel Carrère, sans doute pour la millième fois. Le chien aboie. Il tourne la tête, dépose lentement le livre sur la table, remet convenablement ses lunettes sur son nez. Il le caresse. Il ne sait que réellement penser. Le téléphone sonne. Il décroche. Elle l’attend devant. D’un pas assuré, il se dirige, non sans regarder furtivement dans le miroir du salon si son polo n’est pas trop entaché par la chaleur qui s’empare de lui.
Après avoir terminé son dessert, elle sourit. Il s’affaire. Elle ne l’avait plus vu depuis, quoi, « 9 ou 10 ans » lui dit-elle quand il revient s’attabler, et qu’il lui dépose son café. Il ne sait pas. Cela fait maintenant 12 ans qu’il est ici. « Sans doute », pense-t-il tout bas. Elle se rapproche de lui, « si cela te va » s’assure-t-elle. Il lui sourit. « Tu n’as pas beaucoup changé depuis ce temps-là, tu sais », lui dit-il, quand elle vient poser sa tête sur son épaule. Elle est fatiguée. « C’est vraiment loin chez toi. Surtout quand il faut emprunter les petites routes. C’était vraiment obligé, si loin, tu crois ? ». Il ne répond pas. Il lui prend la main. Elle sait qu’il n’ose pas lui dire que c’était sa façon de pouvoir continuer, que les enfants étaient grands et qu’ils viennent régulièrement, que ses parents n’étaient plus là depuis longtemps déjà et qu’elle n’en voulait pas de cet ours qui est assis à côté d’elle, juste là. Alors quoi, à part partir. Il sait que dans sa tête, à cet instant précis, elle répond pour lui, assénant les éléments tangibles qui l’ont poussé à s’en aller. Sans attirer son attention, il retire un morceau de papier de sa poche. Délicatement, il le dépose sur la table. Elle sourit. « Je l’ai gardé, tu vois… », laissant sa tête enfin se poser aussi sur la sienne. Ses doigts caressaient les siens depuis un moment déjà quand elle osa, « C’est loin chez toi. Cela ne te dérange pas si je reste, pour me poser, tu vois… »
Elle l’entendit juste murmurer, « Tu es chez toi… ». Et au loin, sur les sentiers des bois, les animaux et les étoiles entendaient « You still got me » de Beth Hart s’immiscer et de sa voix rocailleuse envahir un instant l’espace et le temps…}
[Prenez infiniment soin de vous…et de ceux que vous aimez.. ]
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