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31 mars 2024

[Parenthèse 31… ]

{ Le ciel gris, engoncé dans son arrogante capacitée à s’installer durablement, avait fini par toucher indubitablement une partie de son corps. Il sentait que tout était plus compliqué, ouvrir la fenêtre et constater que rien n’avait bougé depuis la veille le laissait chaque jour un peu plus embrumé. Approchant de la machine à café, il posait alors les grains avec une infinie lenteur, insufflant du calme dans ce qui pouvait le submerger. Sa respiration contrôlée, il pouvait sentir jusqu’à la moindre infime partie de son corps la douceur s’installer et essayer d’entrer par chaque parcelle constituant l’être complexe qu’il pouvait parfois être. 

Le téléphone retentit. Juste ce petit son reconnaissable entre mille. Au loin, Raphaël murmure dans un tempo légèrement dansant et mélancolique la « Nostalgia ». Il sourit. Il visualise son corps bouger légèrement, ses épaules allant frémissantes de gauche à droite, la tête légèrement baissée, les yeux mi-clos. Il pose son café. Il prend son téléphone. « Je pense à toi… Je t’aime ». Son visage s’éclaircit. Cela fait maintenant quelques semaines qu’elle est partie. Une série de projets à présenter à des potentiels partenaires un peu partout en Europe. Il sent sa main prendre la sienne. Stevie Nicks s’emporte dans un « Edge of Seventeen » qu’il a toujours adoré. « Anch’io Amore » lui répond-il. Il donnerait beaucoup pour aller la rejoindre. Pouvoir juste l’accompagner et lui dire combien il l’aime, juste en posant un regard. Il s’ébroue. A ses pieds, le chien le suit du regard, attendant une caresse qui viendra. Juste lui laisser le temps.

Les foulées. Dans sa tenue noir foncé, il porte les années. La pluie, battante, lui donne cette impression qu’il a gagné en maturité, celle de ne pas se laisser emporter. Éviter la fringale. Les blessures. Les glissades. Les courbatures. Il se laisse engloutir par ses sensations. Émilie Simon balance « Forteresse ». Les kilomètres. Il s’épuise. Tout autour de lui, il n’y a que des trombes d’eau et des oiseaux, quelques canidés, et des promeneurs essorés. Il ausculte son cœur. La chamade. Il prie dans les couloirs de sa mémoire. Il sent la transpiration traverser et se mêler aux odeurs des gouttes d’eau expulsées par les nuages bas, et les voitures pressées.

L’après-midi, étirée, observait les allées et venues dans les rues d’une Bruxelles à moitié endormie. Douché et ragaillardi, les muscles légèrement endoloris, il s’était installé confortablement, un œil sur les vélos s’exécutant sur les routes flandriennes, l’autre sur un article qu’il essayait d’écrire détaillant la rupture discursive totale, réelle et implémentée dans les logiques épistémologiques et philosophiques de l’enseignement obligatoire et de celle de l’enseignement supérieur au niveau de la réussite, expliquant, d’après lui, une bonne partie des résultats des étudiants. Des passages obligatoires à l’obligation de réussite totale. Il s’étonnait toujours que ce fossé soit si peu investigué. 

Un café. Il peste un peu. Non pas qu’il n’aime pas Mathieu. Juste qu’il préfère toujours les perdants magnifiques, celles et ceux qui trébuchent, qui souffrent plus pour enquiller les victoires. Cela fait sourire ses proches. Les chemins ne peuvent être lisses. Il s’embue un peu. Puis juste un détail. Un coup de vent, léger, dans son cou. Il a bien laissé la fenêtre ouverte en haut. Il hume l’odeur des grains torréfiés. Il laisse Vampire Weekend déposer son « Mary Boone ». Une clef. Puis ses pas. Cette façon de poser ses pieds sur le sol. Il entend juste au loin « Surprise Amour… Je suis rentrée. Tu n’imagines pas les rencontres que j’ai..». Il n’entend pas la fin de sa phrase… Il ferme les yeux… sourit… hume encore une fois son café… murmure intérieurement « merci… » … se laisse envelopper par son baiser… au loin, Xavier Ruud implore leurs corps de s’aimer… s’abandonner…}

[Prenez infiniment soin de vous…et de ceux que vous aimez… ]