[Parenthèse 26… ]
{La pluie s’était mise à tomber de manière un peu plus drue depuis quelques heures déjà. Le ciel gris de Bruxelles s’enlisait depuis quelques semaines, qui paraissaient chaque jour donner des airs d’un « Seven » rapiécé à la saveur très belge d’un plat pays sombre et brumeux.
Proches des fêtes, il y avait dans l’air des contrastes guerriers, de ceux que l’humanité porte depuis son premier cri, une évidence à laquelle rien ne semble devoir s’opposer, la terre et ces humains. Pâques ne portait pas mieux sa symbolique qu’en cette veille de Natalité.
Dehors, les croustillons s’invitaient dans des bouches un peu déformées pendant que les huîtres et les coupes de champagne partageaient leur hauteur sociale avec la tartiflette et les frites qui parfois tachaient gentiment les vêtements de corps un peu alourdis par l’essence des vins chauds « cannellisés ». Les villes s’endormaient au son des chants que diffusaient leurs marchés.
A quelques endroits, comme chaque année, les bilans tombaient. Record de température. Conflit guerrier, et meurtrier. Classement diffusé. Meilleur.e de l’année. Avant que les bêtisiers, récaps et autres antiennes ne viennent s’amonceler. Quelques dessins animés. En regardant par la fenêtre, il se dit que cela fait 47 ans que c’est comme cela. Il se demande même s’il a déjà connu une année sans conflits armés dans un coin de la planète. Sans image d’une déforestation ou d’un glacier qui s’effondre. De catastrophes naturelles. De chansons de Noël. De fous rires contrastés dans une émission TV de fin d’année. De Jean-Jacques Goldman ou l’abbé Pierre comme personnalité préférée des français, à moins que cela soit un autre nom cette année. Un peu comme cette duperie des prix individuels dans des sports collectifs ou dans une œuvre collective comme le cinéma. Comme s’il y avait un meilleur ou une meilleure. Toujours chercher « le ou la meilleure » … comment s’étonner des conflits…
Quelques chansons de Stephan Eicher déroulent leurs sensibilités affirmées. Il va retrouver cette version d’ « Eldorado » live sur cette tournée magique avec Reyn et Tobby Dammit. Dès les premières notes, il a à nouveau la chair de poule. Les larmes montent pas à pas, s’insinuant dans les plus petites parcelles de sa peau, humant au passage les humeurs profondes de son cœur, s’invitant ou invitant son âme à retracer les chemins qui l’amènent aujourd’hui à tapoter des histoires d’amour fragiles et désuètes, en espérant juste qu’elles vivent, même juste un mot, quelque part, ou quelqu’un. Le piano s’enfonce dans la ligne claire des quelques accords de guitare, l’électricité, la ligne de basse. Il frissonne. Elles coulent. Puis la batterie. Et « Eldorado ».
Il tourne légèrement sa tête. Elle est là. Magnifique. Ses cheveux déposés délicatement sur ses épaules. Quelques bougies se consument. Il ne cesse de la regarder. Les chemins. Les âmes. Elle est immergée dans son livre. A côté d’elle, son chien dort à ses pieds. Apaisé. Lui, il l’observe. Rend grâce à dieu, aux anges, aux âmes, aux forces qui ne les ont jamais quittées, au gré des jours et de heures, des pleurs, des doutes, des absences, des méditations perdues, des foulées, des pays traversés par l’un et l’autre, loin l’un de l’autre, des silences de mois qui s’égrenaient en années, juste s’en tenir à cette voix plus profonde que la vie ou les vies, celles que personnes ne comprenaient vraiment… juste cette conviction profonde…un jour… ici ou ailleurs…
« Eldorado » se termine pour la deuxième fois. Il pleut toujours des cordes dehors. Il la regarde. Il sourit. Dans le ciel bruxellois ce jour-là, « je t’aime » alla se poser dans ses bras…}
A Toi…
[Prenez infiniment soin de vous…et de ceux que vous aimez… ]