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01 octobre 2023

[Parenthèse 21… ]

{Il s’était endormi dans les draps encore emplis de l’odeur de son parfum. La respiration lourde, les yeux mi-clos, il avait avancé sa main pour chercher le verre d’eau qu’il avait posé délicatement sur le meuble avant de se coucher. Il n’avait trouvé que le vide, ce qui l’avait complètement sorti de sa langueur. Juste à côté de lui, il prit les écouteurs qu’il posait machinalement chaque soir à côté de son oreiller. Il aurait bien pris une cigarette, cela faisait maintenant des années qu’il n’y avait plus touché. 

En cherchant sur l’appli de streaming, il posa son regard sur la miniature de cette pochette d’album, vieille de dizaines d’années passées à l’écouter, rassemblant les souvenirs égarés, éparpillés sur des chemins souvent escarpés. Les autoroutes, il les avait souvent laissées, ou alors les utiliser pour un peu leurrer la famille ou les connaissances qui s’inquiétaient de ses choix parfois un peu hors sentier. 

Les premières notes de « Laughing Stock » résonnent au creux de ses oreilles, aussi dans les entrailles de son être. C’est cet album de Talk Talk qui l’a amené à se plonger dans la douceur des silences suspendus et lui permettre de comprendre que les sonorités jazz pouvaient lui procurer des émotions profondes. La voix s’accroche aux aspérités légères des percussions, son point culminant étant « New Grass », 9 minutes 46 secondes où il est juste là, habité par les notes et les sons qui s’entrechoquent dans cette chorégraphie ajustée et improvisée.

Couché, il augmente le son. Il pense. Leurs peaux. La douceur de leurs baisers. La couleur de leurs yeux. Les mots échangés aussi. Ceux des étreintes partagées. Puis ceux des vies racontées. Les plats sur la table, les verres et les tasses de café. Leur complicité naissante, les sourires timides. Le frémissement de leurs corps à l’approche d’une jouissance commune, quoi qu’un petit peu décalée. Leurs rires en découvrant pas à pas les petits travers de l’autre. Il sourit. Puis se lève. Il enfile un vieux jogging, le t-shirt qui traine sur le parquet. Il note, de manière sans doute un peu évasive, qu’il doit prendre le temps de nettoyer l’appartement. Il s’arrête et pense qu’il se fait définitivement trop bouffer par le boulot, même s’il jure ses grands dieux à tout le monde que ce n’est pas le cas. Il se demande même à cet instant s’il ne devrait pas en changer. « Ascension Day » lui impose une rythmique qui l’invite à s’installer sur la terrasse, sa main gauche battant la mesure de façon plus précise. Il voit la scène quand elle lui a pris la main et lui a demandé s’il envisageait de vivre avec elle. Surpris, il l’avait enlacée, gagnant du temps, même quelques microsecondes, lui posant un baiser sur les lèvres. Elle avait pris cela pour un « oui ». Et c’est ce que tout son être aurait voulu lui dire. Il l’aimait…

9h00. Il se dirige vers la cuisine, délaissant quelques instants la terrasse. Elle lui a envoyé deux messages. Elle a vu un appartement. Il choisit un café. Il n’a plus pris l’avion depuis 10 ans. Il se dit que cela compense. On a tous ses petites contradictions à défendre. Il laisse couler. Il prend le courrier sur son bureau. En se regardant dans le miroir sur pied qui se trouve dans le Hall d’entrée, il observe sa silhouette. Il ne s’est jamais senti aussi affuté. Son regard tombe. « Je t’aime » s’invite délicatement sur son écran de téléphone. Il s’assied, le tout empreint d’une douceur et d’un calme qui laissent peu de place aux autres couleurs pour s’exprimer. Il sent la chaleur et les notes épicées s’imprégner dans son corps. Il pourrait presque les toucher. Cliniques universitaires. Quelques expressions verbales obligatoires. Un petit mot en plus du courrier officiel. « Contactez-moi personnellement, quand vous recevrez ce courrier, quel que soit l’heure. ». Il prend son smartphone, compose le numéro. « Docteur… » … }

[ Prenez infiniment soin de vous…et de ceux que vous aimez… ]