Archives mensuelles : septembre 2023

16 septembre

[Parenthèse 20… ]

{Le vert légèrement effacé donnait à ce début d’automne les couleurs d’un été indien chaleureux. Sur le versant en pente de ce parc, les rires et les chants se mariaient aux effluves de bières venant des quelques cafés et bistrots qui se sont essaimés tout le long des chemins et des rues qui mènent vers les espaces colorés et luxuriants de cet écrin bruxellois. 

Son regard se pose sur deux amoureux qui se partagent une glace, pendant que leurs amies se délectent de quelques fruits apportés par hasard. Un ballon touche l’épaule d’un vieux monsieur, recroquevillé sur sa canne. Directement, un jeune père se dirige vers lui pour s’excuser de la fougue des quelques garçons et filles qui s’adonnent à un petit tournoi de football improvisé.

Dans ses mains, au moment où il s’assied sur une chaise en bois, légèrement à l’écart mais suffisamment proche pour observer l’ensemble de la terrasse et de la pleine, le dernier livre d’Adeline Dieudonné. Il n’avait pas aimé le précédent, mais il s’en fout. Le précédent n’est pas le suivant, et vice-versa. A peine posé, il sent déjà quelques regards appuyés. Il ne se retourne pas. La difficulté de venir dans son quartier, c’est la possibilité exponentielle de rencontrer plus de personnes que l’on connait. Il se retourne. Quelques sourires. Des connaissances, sans plus. Un « comment cela va », « bonjour », « et toi » « Allez bel après-midi », et le tour est joué. Être solitaire, c’est maitriser les convenances sociales. 

Il pose ses écouteurs dans les oreilles. Commande juste avant une bière, locale, et bio si possible, plutôt ambrée. Il prend aussi de l’eau. Beaucoup d’eau. Il ne se sent pas vraiment dans tous ces codes de société, et en même temps il en joue, suffisamment pour y être, sans y être. Pendant qu’il lit, plutôt dévore les pages de cette histoire qui le passionne, il observe d’un coin de l’œil les danses humaines qui se déploient sous les rayons du soleil. Il s’attarde sur ce groupe d’adultes, fin de la trentaine. Quelques enfants, pas trop non plus. Il paraît que c’est une question de génération. On lui a déjà dit d’intelligence aussi. Personne n’avait parlé d’humilité à ce moment-là. Des papas, des mamans, des hommes et des femmes surtout. Il baisse le son, laissant Feist susurrer ses mélodies dans un coin de son âme pendant qu’il écoute, avec beaucoup d’indiscrétion, les discussions très politiques et sociétales que le changement climatique, Delhaize, la guerre en Ukraine, la hausse des loyers,… le tout ponctué de rires, parfois obligés, garder la face.

Après plus d’une heure, il sent une main se poser délicatement sur son épaule. Certains, qui à cet instant les observent de la même manière, y auront vu matière à parler d’amour. Il n’a pas besoin de se retourner. Il a reconnu son parfum. Il sourit. Pas de manière ostentatoire. Réservé, laissant transparaître au coin de ses lèvres quelques rides et ses fossettes qui, elles, n’ont pas bougé. Elle se penche, vient déposer un baiser dans son cou, laissant ses cheveux tomber légèrement sur son t-shirt. Il ferme son livre. Retire un écouteur et le pose dans son oreille. Il lui laisse le temps de s’asseoir. Elle lui sourit, garde sa main sur la sienne. Et laisse la voix de Feist…}

[ Prenez infiniment soin de vous…et de ceux que vous aimez… ]