Feu 2016…

Feu 2016… et je pense à la guerre d’Afghanistan en 1979… aux années de plomb en Europe… aux mineurs et à la communauté gay dans les années 80 sous Tatcher… A Reagan élu président… aux années Martens-Gol… aux grèves des profs… aux CCC… à la guerre du Vietnam… aux cinémas brûlés à la projection de « La dernière tentation du Christ »… au franquisme… à la crise de 73… la famine en Ethiopie en 84… au Band aid… aux restos du cœur… à l’appel de l’hiver 54… leur faillite qu’ils nous imposent…

Feu 2016… et je pense à toutes ces personnes qui ont emprunté un instant les chemins escarpés de la vie que j’arpente chaque jour… Les paroles de ces enseignant-es qui m’ont ouvert l’esprit à l’alterité… la tendresse infinie des proches, ami-es/parents, de mes enfants… Les discussions passionnelles sur le sens de la vie… la beauté des regards… ce qui permet de tenir… de rester…

2017… Je vous souhaite la découverte de chansons entêtantes… de films bouleversants… une parole… celle d’un autre passionnant, perturbant, provocant… apaisant… des marches, des rassemblements, des concerts, ensemble, pour nous, pour eux, pour les suivant-es…

Je vous souhaite de proposer… de débattre… de construire… d’être là…

Je vous souhaite la douceur d’un sourire, la beauté d’un regard, les plus belles étreintes, passionnelles, amoureuses… je vous souhaite une main dans la vôtre… celle de vos enfants, de vos ami-es, de vos aînés…

Je vous souhaite l’amour… parce qu’en somme, cela, personne ne nous le prendra…

Le temps d’un trophée

Eden Hazard. Joueur du mois en PL. Ballon d’or. Liste et autres joueurs. Joueur de l’année. Soulier d’or. Stick d’or. Trophée national du mérite sportif. Les récompenses individuelles dans les sports collectifs, mais de manière générale les récompenses dans le sport et la culture (ne parlons pas des oscars, césar, …) m’ont toujours interpellé. Au plus je vieillis, au moins je saisis le sens de ces distinctions. Sans doute de voir mon aîné jouer dans un sport collectif pollué à quelques occasions par des perspectives individualistes ou égoïstes que je ramène souvent à la propension que nous avons de mettre en évidence les soi-disant « meilleurs » dans les catégories d’âges avec des prix individuels de meilleurs joueurs de l’équipe. Comment signifier dès la « naissance » sportive qu’il y a des plus importants et des moins importants, tout en disant qu’il faut être une équipe.

Ma réflexion prend de l’ampleur quand, fan assumé de football, je vois la focalisation intempestive faite autour de Ronaldo, de Messi. Certains me diront que nous venons ou regardons les matchs de football pour voir des buts. A 12 ans sans doute. A 40 ans, si le jeu se résume à des goals, alors finalement, mettez simplement 2 avants et 1 défenseur avec un gardien. J’en verrai, avec des gestes techniques de toute beauté. Non. Il y a aussi cet individualisme forcené, le besoin de chercher des « attractifs », des joueurs qui polarisent. Cela marque, cela rend les choses passionnelles, parfois simplement « bankable ». Pour moi, l’intérêt dans le jeu, c’est l’animation. La qualité générale. Le jeu sans ballon dans un sport de ballon. Les positionnements, les pressings qui empêchent la circulation de balle, ou simplement à un joueur de pouvoir se positionner pour avoir la balle. Le jeu, c’est aussi les interceptions défensives propres, techniques, qui soulagent les équipes. C’est l’abattage, c’est la capacité de certain-es joueurs-euses à comprendre le jeu pour positionner et calmer les partenaires. En somme un sport collectif, c’est la somme des efforts effectués par l’ensemble des éléments sur le terrain pour parvenir à gagner la partie.

Le travail du défenseur central a autant d’importance que la frappe du génie, parce que cette frappe n‘existe pas quand les autres ne font pas le travail. Plus loin, ce travail d’organisation, de récupération, de ballons propres intègre aussi le génie. Celui de comprendre plus vite, d’intercepter et d’alléger. Il y a du génie et de la beauté dans la façon de défendre et de proposer du jeu de la part d’Alderweireld ou Boateng. Que dire des gardiens : regarder Courtois, Buffon ou Neuer effectuer un arrêt ou relancer un partenaire tient autant de la beauté étincelante ou du frisson que nous pouvons ressentir qu’au moment où Van Basten crucifie Dasaev, Zidane s’envole en finale de Champions League ou Messi crucifie le gardien de l’équipe d’Iran. Demandez à un hollandais ou un belge ce qu’il retiendra du match Belgique-Pays-Bas de la coupe du monde 1994 : Michel Preud’Homme et ses arrêts quasi divins, même si le but de Philippe Albert nous a rendu fou.

Le prix finalement dans un sport collectif, c’est la compétition gagnée grâce à l’ensemble de ces éléments. Pourquoi évaluer, comparer et hiérarchiser des individus qui n’occupent pas les mêmes postes, qui n’accomplissent pas les mêmes tâches, qui ne jouent pas dans les mêmes systèmes, dépendant des stratégies et occupations de terrain d’entraîneurs et de circonstances de jeu.

Mais si ma réflexion porte principalement sur le football, elle émarge aussi dans les distinctions données à des sportifs mais en les mélangeant, provenant de domaines totalement différents. Prenez le trophée national du mérite sportif. Je comprends la fierté de celui ou celle qui le reçoit. Mais j’avoue avoir du mal à me dire qu’on parvient à juger de qui « mérite » plus qu’un autre ce trophée. Le magnifique Pieter a-t-il fourni moins d’efforts que la somptueuse Nafissatou ? Fantastique Greg, parce que déjà en taille patron dans son sport, porte-t-il moins d’engagement et de souffrances ? Et les sensationnels garçons, sont-ils moins méritant parce qu’ils ont perdu cette finale après avoir fourni quantités d’efforts dans des matchs à répétition ? Quand je pense à ce trophée, un nom revient inlassablement dans mon esprit : Muriel Sarkany. Championne du monde d’escalade en 2003, finaliste en 2007. Vainqueur de la coupe du monde en 97, 99, 2001, 2002 et 2003. Championne d’Europe en 1998. Un des plus beaux palmarès sportif belge. Pas de trophée national du mérite sportif. Marc, footballeur fantastique, en 2002, oui. Daniel en 2014 pour une carrière majestueuse oui.

Alors cette chronique, je la dédie d’abord à nos enfants sur tous les terrains de tous les sports, pour qu’ils s’amusent, ensemble, sans se comparer négativement, sans se marcher sur la tête pour aller plus haut, pour qu’ils progressent ensemble, chacun-es à leurs niveaux. Juste dans la beauté de leurs efforts respectifs.

Puis je pense à Mbaye Leye, Aline Zeler, Silvio Proto, Laurent Ciman, Dominique Monami, Thierry Cabrera, Rik Samaey, Muriel Sarkany et tant d’autres pour les émotions partagées …Merci à vous…

05112016

Cher Monsieur Juncker,

J’ai hésité à vous écrire. Cependant, votre entretien dans « Le Soir » pour vous justifier m’a donné le dernier coup de massue. Vous êtes encore plus loin de nous que je ne pouvais le penser. La tentative de réconciliation me paraît encore plus pathétique que vos interventions fustigeant nos institutions. Non, le commissaire qui a tenu les propos incriminés ne devait pas simplement s’excuser, comme vous nous l’expliquez. Il devait démissionner. C’est cette démarche que nous attendions de vous. Pierre Bouillon l’explique avec justesse dans « Le Soir » de ce 5 novembre : « Il eût fallu marquer le coup, n’est-ce pas ? Mais non. Et c’est parce qu’on laisse couler à chaque fois qu’un autre bavard, plus tard, poussera encore un peu plus loin les limites du savoir-vivre. Comme on ne sanctionne pas, ou à peine, ce qui scandalise le lundi, énerve à moitié le mardi pour devenir ordinaire le mercredi ». Le sommet reste alors le fait que dans le même entretien, vous nous dites qu’il y a un problème de gouvernance dans certains pays de l’UE et que vous êtes inquiets des dérapages dans certains pays, espérant que « les peuples ne laisseront pas faire ceux qui in fine leur nuiront ».

J’en suis resté sans voix. Oui. Puis des souvenirs. Des discussions passionnantes que je me souvenais avoir eu quand j’avais 20 ans ou un peu plus, dans un hôtel rempli d’autres jeunes venus d’horizons divers, nous expliquions que l’UE était un projet sans nul autre pareil, qu’il allait permettre de développer un projet sociétal ouvert, qu’il fallait passer par des stratégies économiques mais que l’Europe sociale était là, à nos portes, que c’était le prochain chantier. Enthousiaste, nous espérions également qu’unis, nous irions vers plus d’éthique dans la politique. Les partis verts étaient de plus en plus forts. Les drames sociaux, sociétaux et éthiques qui touchaient nos pays et la classe politique nous et vous obligeaient à construire un monde plus juste, où chaque femme et chaque homme, chaque enfant auraient les mêmes droits, les mêmes accès à la santé, à la culture, à l’éducation. Que les brebis galeuses du monde politique, celles et ceux qui spolient, utilisent leurs réseaux pour s’octroyer des avantages à leurs profits ou aux profits de leurs entourages allaient être définitivement écartés, surtout que le bien-être des individus, le respect des individus et de la planète serait le moteur des politiques européennes.

20 ans plus tard, je me suis mis à regarder dans mes vieux films. Je suis (re)tombé avec délicatesse sur deux chefs-d’œuvre, méconnus du grand public. « ça commence aujourd’hui » de Bertrand Tavernier. L’histoire d’un directeur d’une école maternelle, confronté à la misère des familles, aux problèmes sociaux et qui se bat pour que ces enfants puissent avoir accès à un enseignement digne, ouvert. Ce Daniel dans l’histoire, il incarne l’éthique/la justice sociale. Face à la barbarie du marché. Face à la stupidité des administrations. Face à la destruction massive engendrée par des politiques économiques absurdes, inhumaines. 1999 ce film. 1999… « Los lunes al sol » de Fernando Leon de Aranoa. L’histoire d’hommes, qui chaque lundi, chaque semaine se rendent dans une ville industrielle du Nord de l’Espagne à la recherche d’un boulot. Ils résistent, aux humiliations des banques, des administrations. Ils résistent aux angoisses qui rongent. Qui vous vieillissent plus que de raisons. Ils résistant face aux regards aimants, perdus, inquiets de leurs familles, de leurs femmes, de leurs enfants. Ils incarnent la dignité. Face à la souffrance. Face à la relégation. Face à la dualisation grandissante d’une société gangrénée par une unique obsession, celle de la rentabilité mortifère. 2002 Ce film… 2002…

Je les ai regardés à nouveau ces films. 15 ans. Cela pourrait être des films d’aujourd’hui. Sauf que la situation s’est empirée. La précarité est plus grande. Les soins de santé deviennent impayables pour une majorité des individus. Le chômage baisse au même rythme que les individus sont exclus des systèmes de protection sociale. On parle de « jobs » « jobs » « jobs »… Mais c’est quoi un « job » ? Cela ne veut rien dire un « job ». Quel salaire ce « job » ? Dans quelle condition sociale ? J’en ai vu des jobs dans les rues de Delhi, Monsieur Juncker. J’en ai vu. Ils étaient en haillons. Ils avaient 10 ans parfois. Ils ne rentraient pas chez eux. Ils vivaient à 15 dans un appartement. En Indonésie, ces jobs allaient chercher du souffre dans des conditions déplorables. J’en vois aussi des « jobs » dans mon métier. Des parents qui ne peuvent pas s’occuper de leurs enfants parce que la flexibilité l’impose. Parce qu’il faut deux, trois, quatre « jobs » pour payer un loyer, des charges, juste à bouffer. Des adolescents ou jeunes adultes qui doivent faire appel au CPAS ou prendre un « job », pas pour la galerie mais juste pour manger. Eux ou leurs familles. Et cela se dégrade chaque jour.

Rien. L’UE est un échec. Je constate que beaucoup de mes contemporains de la quarantaine partagent mon avis. Nous si enthousiastes au soir de nos 20 ans, nous ne pouvons que constater l’échec. Vous êtes des fossoyeurs en fait. Celui d’un projet humain, celui des rencontres égales entre toutes les classes sociales, de toutes les langues. Vous semblez incapable de porter un projet permettant le bien commun du plus grand nombre. Je ne parle pas de « jobs ». Je parle d’une société basée sur l’éthique/permettant à toutes et tous d’avoir des salaires décents dans des conditions décentes/ Interdisant la production de biens dans des conditions d’insalubrité, faisant travailler des enfants/ ne « trafiquant » pas avec des pays dictatoriaux/ … Une UE de la bonne gouvernance. Vous laissez ce travail à la société civile. Alors nous pensons nos plaies. Nous mettons des emplâtres sur vos désastres pour tenter de construire ce monde plus juste socialement, plus éthique et plus durable que vous tentez d’étouffer.

Il est impossible de croire à votre UE, soumise aux diktats de quelques lobbys et industries, dont le seul credo porte sur le développement d’un marché économique destructeur de l’homme et de la planète. Votre UE, c’est le CETA. C’est l’absence d’accueil pour les migrants. C’est la montée de l’extrême-droite dans quasi l’ensemble des pays membres. C’est la dualisation sociale. Des fossoyeurs. Vous aviez les cartes en main. Vous aviez les moyens. Vous aviez nos espoirs. Vous avez tout fait exploser…

Pour terminer, je reste sur l’image de Charles Michel souriant avec les dirigeants chinois. Cela aurait pu être vous et les dirigeants d’Arabie Saoudite ou du Quatar. Le cynisme politique affiché d’un dirigeant européen…. n’entendant pas le bruit des bottes de Marine, et de tant d’autres, s’acheminant tranquillement pour prendre la place que vous leur offrez…

Les « Magnifiques »…

J’aurais pu parler de Jo Cox, et de son mari… ses mots… D’Orlando, des balles qui percutent…la Haine… la folie… j’aurais pu parler des massacres perpétrés un peu partout sur cette planète… des conditions de précarité qui augmentent pour le plus grand nombre pour les bienfaits de quelques-uns…

Puis me voilà à écrire. J’avoue. Je suis fan. De foot. Non. Pas comme les haineux qui saccagent tout. Ni comme ceux qui, sous couvert de virilité nauséabonde, n’ont comme analyse d’un événement que des propos discriminatoires, sexistes ou homophobes. Non. Pour moi le football, ce sont des émotions, de la maîtrise, de la passion, de l’attente, des désespoirs, des joies. Un jeu d’échecs mêlant la danse, la jonglerie, la géométrie, l’instinct, la rigueur et la fantaisie. Un morceau de jazz. C’est structuré mais ce qui nous fait vibrer, c’est ce moment, cet instant… inattendu… comme un baiser, un regard, une note haut perchée… Un trip. Au sens propre et figuré. Une feinte de frappe, un appel lumineux, une transversale, une frappe enroulée, un arrêt réflexe… puis les sourires, les rires, les jurons, les pleurs parfois, l’attente, le rien et le tout qui se côtoient dans une seconde magique, l’émotion, individuelle et collective, les discussions sans fin…

Lundi soir. 23H30. J’ai pensé au coup de sifflet final à plusieurs moments. Coupe du monde 86. Un jeu de « merde » en fait. 15 buts encaissés. Mais un match de folie. Un seul. Celui d’une cavalcade. Cet instant où tout bascule. Et ne plus retenir que cela… La note.

Coupe du monde 2002. Deux matchs « nul ». Japon. Tunisie. Puis la Russie. Walem. Sonck qui monte et qui marque. Wilmots d’un tir puissant à la 82ème. Une libération. Puis ne plus se souvenir que du Brésil et de cette main. La mémoire sélective collective des événements majeurs. Mais ce coup franc « messieniesque » de Walem… la couleur.

Belgique-Luxembourg, 1989, Heysel. J’avais 13 ans. Au stade. 1-1. A l’époque, le Luxembourg, c’était comme Gibraltar aujourd’hui. J’ai pensé à ce match parce que c’est cette génération de joueurs qui m’a offert mon match de référence. Celui de la beauté ultime des diables. Coupe du Monde 1990. Un foot de rêve. Un match. La grâce. Plus jamais je n’ai autant aimé les diables dans leur jeu. C’était fluide. Technique. Physique. Ils volaient. Ils ont perdu. Et peut-être tant mieux en fait. Ils sont mes légendes. Les « Magnifiques ». Depuis lors, j’attends. Ce moment. Où l’équipe belge nous offrira plus beau, plus fort, plus inspiré encore que les frappes magiques de Ceulemans et Scifo. Les duels de Michel de Wolf et les chevauchées d’Eric Gerets. Je m’en suis rapproché une fois. Un soir, très tard, d’une nuit brésilienne. Deux bras levés. Lukaku et Debruyne. Dans mon souvenir, au moins « 250 » tirs au but… l’homme araignée en face de nous… Puis l’Argentine et l’oubli de cette image de 8ème de finale d’une coupe du monde de deux entraineurs discutant au bord du terrain, comme deux vieux amis… la fatigue.

Dans quelques heures, ce sera un nouveau concert, une nouvelle danse, un baiser de cinéma… on va rire, jurer, s’embrasser… on pense déjà aux chevauchées fantastiques de Kevin, aux gestes techniques d’Eden, de Yannick, de Dries. Aux duels gagnés de Radja, Axel ou Marouane. A la rigueur zen de Toby, de Jan et Thibault… aux « magnifiques » qu’ils peuvent être pour mon fils et ses copains… on va espérer une lucarne, un retourné, un arrêt magique, un foot plein d’envie, de jeu, d’émotions… d’amour…

Après, nous retournerons à nos vies, à nos charges, à nos réflexions sur la vie, sur la société, à mieux vivre ensemble… après le jazz, après la danse, après le concert, après le film, après le match… après un moment de parenthèse… la vie en somme…

Comme dans la vie…

La fin d’année. Le temps des bilans. En décembre. Mais en juin aussi. Vague d’audimat. Grille d’été, grille de rentrée. Nombre d’auditeurs, de « visionneurs », de lecteurs. Les départs et les arrivées. Dans ce brouhaha, on ne parle pas de qualité. Plus grave pour moi, on n’aborde pas les émotions. Oui, on oublie cet aspect-là parfois quand on parle des CIM, des enquêtes, des panels. Le frisson d’une chanson exhumée un soir, tard. Les sourires, les rires, les pleurs, la colère, la douceur, l’apaisement. Toutes ces choses qui nous font aimer, écouter, plonger dans une émission. Non. « Tu » es 6% de part de marché, et tant pis si ce n’est pas assez mais que « tu » es quand même dans ces 6% qui aiment en fait ce qui est proposé. Pas assez mon loup.

Cela « m’emmerde » en fait ces chiffres. Surtout dans le cadre de radios qui ne sont pas privées. Parce qu’en somme, même si certaines émissions sont des « niches », finalement, ces auditeurs, qui ne sont donc pas toujours dans la masse, on leur dit qu’ils doivent l’être dans la masse. Même en radio, ils ne peuvent plus avoir un peu de diversité, de différence, d’autre chose. Ce qui fait que Vivacité ressemble à Belrtl qui ressemble à Nostalgie. Je ne dis pas que ce n’est pas bien. Mais cela ne fait pas tout.

Dans ce magma indifférencié, et sans saveurs souvent, en tout cas à mes yeux, il y a encore des moments de liberté. Des espaces de respiration, de découvertes, d’attentes. La Première en abrite plusieurs, et une à mes yeux qui symbolise ce que peut être la radio dans ce qu’elle est de plus admirable. Qui laisse le temps de parler. Donc d’écouter. Les silences. Les temps d’arrêt, au moment de la question et pour la réponse. Qui laisse l’invité expliquer. Sourire. S’offusquer. Proposer. Qui pose des questions peu banales. Toujours en rapport avec l’invité, pour l’invité, pour nous aussi. Qui peut déstabiliser. Une émission qui permet de découvrir des parcours cassés, cachés, inconnus ou méconnus, des faces sombres ou en demi-teintes. Des parcours qui croisent l’invité, le questionnent. Surprenant. Une émission qui n’en est pas une. C’est une invitation à un chemin de trente minutes. La radio en somme. Celle où on s’arrête. Magnifiée par une voix, par l’intelligence, par le respect, vis-à-vis de l’artiste, vis-à-vis de nous. Par le talent. C’est parfois lent. C’est très souvent juste. C’est humain. Avec des failles. J’ai parfois aimé certaines émissions à les écouter plusieurs fois (foncez écouter, entendre Baloji, Laurent Capelluto, Nathalie Uffner, Christa Jérôme, Marka…). J’en ai suivi d’autres avec moins de passions, et heureusement. C’est vivant. De la matière humaine. Des découvertes. Des artistes, connus et moins. C’est en somme de l’art ces 30 minutes.

Je ne sais pas si « Coupé au Montage » sera toujours dans la grille de rentrée. Ou si elle passera à la trappe. Mais ce que je voulais dire surtout dans ce billet, un peu différent, c’est que les chiffres n’expriment pas les émotions. Ils proposent des courbes. Ils ne peuvent expliquer l’indicible de l’instant que la radio, et certaines émissions, peuvent procurer. Délicatement. Avec le temps. Ils ne disent pas les rencontres et les bouleversements que ces émissions peuvent provoquer, parfois, dans une vie pour un instant d’une découverte inespérée, d’un livre proposé, d’un artiste rencontré.

 

Sans retour…

Dans le débat actuel, je suis toujours étonné du peu de regard critique, à quelques exceptions, du système et du modèle économique mis en place. Souvent, nous entendons parler de « modernité », « d’avancement », du « 21ème siècle ». Truc et astuce de communication. Sans plus. D’une vérité qui frise l’absurdité tellement elle nous prend pour des cons. Mais sans doute le sommes-nous un peu. Beaucoup même puisque nous pouvons avoir tendance à le croire. Il n’y a rien de moderne ou d’avancée dans le 21ème siècle dans l’idée de flexibilité ou de passage à 45h possible. Il y a juste une adaptabilité du marché du travail aux conditions sociales et économiques des pays qui n’ont aucune régulation sociale ou protection sociale. On cite souvent les pays émergents, notamment l’Inde. A se demander si certains ont déjà été voir les conditions de travail des indiens. Je ne parle pas des cadres mais de tous les autres. Vivre toute une famille entière, de plusieurs générations et de plusieurs branches, parce que bas salaires et flexibilité totale des horaires nécessitent de construire des bricolages institutionnels familiaux pour survivre. On parle de la Chine aussi. Oui. La Chine. Cette démocratie florissante, qui permet aux individus de pouvoir déterminer ce qui leur semble intéressant ou pas dans leur vie. J’entends.

Autre cas. L’Allemagne. Le taux de pauvreté de la population ne cesse d’augmenter au rythme où les mesures de protections sociales sont laminées. C’est un modèle. Ce sont des modèles. Je sais, j’entends déjà. Nous ne sommes pas comme eux. Je ne sais pas. L’école est un bon indicateur des inégalités sociales et économiques. Le public. Les élèves. Les familles. Je constate. Le taux d’élèves, obligés de travailler non pas pour des raisons de consommation personnelle (voyage/achat personnel…) mais pour se nourrir, payer un loyer, subvenir à des besoins scolaires, augmente. Oui. Parce que les familles ne suivent plus ou pas. Parce qu’on a été prié de partir. Une bouche en moins à nourrir. Les frais scolaires sont plus compliqués à régler. L’hygiène est parfois à déplorer. Pas tous les élèves. Certaines catégories. Là où il y a 10 ans, c’était confiné à quelques exceptions, aujourd’hui, cela s’étend. Doucement. Inexorablement. A la lumière du modèle Indien, Chinois. A la mesure du taux de pauvreté allemand. Bien entendu, le taux de chômage descend. Il suffit d’exclure. Un peu comme si certaines écoles annonçaient que leurs taux d’échecs en 6ème étaient quasi nul avec fierté, alors qu’elles ont simplement « liquidé » les élèves qui ont plus de difficultés ou qui ne correspondaient pas à leurs moules. Image évidemment. On ne fait pas cela chez nous, voyons…

Ce modèle se targue de parler du « travail », de « modernité ». Si les bidonvilles indiens, la corvéabilité des marcheurs de souffre indonésien ou les pupilles des entreprises chinoises sont devenus la norme sociale du travail et de la modernité, il y a véritablement quelque chose qui ne tourne pas rond. Sauf à penser que l’objectif de l’UE, des décideurs politiques sociaux-démocrates ne portent pas sur le bien-être et l’épanouissement des individus mais uniquement sur l’avilissement du peuple par deux notions : celle de productivisme et de flexibilité pour le bien être de quelques-uns.

Aujourd’hui, on nous demande d’être subordonnés au marché, et à la flexibilité et au productivisme acharné qui va avec. Ce n’est pas le travail. Un artisan ne produit pas à la chaîne (et j’utilise le terme produire et non travailler). Il travaille son objet. Il peaufine. Il ennoblit. Il utilise des matériaux durables. Il tient compte des éléments de saison. De sa durabilité. L’artisan n’est pas moderne, mais il bosse pourtant. Beaucoup. Enormément. Il utilise les nouvelles technologies aussi. Dans une utilisation de production bienveillante. Je sais. Image d’Épinal. Sans doute. Il faut trouver des raisons d’espérer mon bon monsieur…

Récemment, j’ai regardé mes enfants. Je me suis dit que si cela continuait comme cela, le petit dernier qui a 3 ans, il va finir par connaître le retour du travail des enfants dans les usines. Sous conditions. Style contrat d’apprentissage. Avec main d’œuvre finalement à bas coûts. Et on trouvera cela bien. « Ils travaillent au moins… ». C’est un modèle, apprécié apparemment. Suicidez-vous, la vie est morte…

Déliquescence, mon cher Jean…

Mon cher Jean,

Je t’écris. Je suis Schaerbeekois, donc Bruxellois, et donc Belge. J’ai lu avec attention ton dernier papier à propos de notre «Belgique » près de défaillir, que tu proposes comme une question, mais dont la structure est une affirmation.

Je ne peux pas dire que je sois outré. Je partage même une bonne part de l’analyse. Néanmoins, j’aurais aimé plus de hauteur. Disons, de l’angle de vue qui est le mien, celui d’un citoyen lambda d’un pays de 11 millions d’habitants au cœur de l’Europe, j’ai tendance à penser que des pays en déliquescence, ou en voie d’autoritarisme forcé (et n’est-ce pas aussi grave ?) il y en a beaucoup autour de nous, pour certains cela fait un moment et d’autres, finalement, ils nous sont un peu « similaire », les problèmes communautaires et le surréalisme en moins.

Prenons quelques exemples. Nous les francophones de Belgique, nous sommes assez attentifs à ce qui se passe chez nos voisins, particulièrement les français. Vous parlez mieux, vous avez plus de charisme, vous êtes plus nombreux et puis surtout, vous avez gagné la coupe du monde et le championnat d’Europe de football. Je m’égare. Disons que vu d’ici, quand on lit ou voit au JT que des armes à feux sont utilisées dans les rues de Marseille, avec une forme de violence assez extrême, nous nous demandons aussi où se trouve l’Etat français et comment des bandes organisées aussi armées parviennent à déjouer les forces de l’ordre et donc l’Etat. Je dois t’avouer aussi qu’ils nous arrivent de penser au film « La Haine », 21 ans au compteur, et sans doute toujours d’actualité au vu de la manière dont les films et des reportages récents abordant cette thématique nous montrent la banlieue. 21 ans sans rien foutre apparemment. Cela donne aussi un sentiment de « failed state ». Profond même. Calais ne nous a pas particulièrement donné l’image d’un Etat en bonne forme, puisqu’on y a ajouté l’horreur quasi de la déshumanisation . Je n’ose pas te parler des deux derniers présidents à qui vous avez confié l’Etat. L’un semble perpétuellement, de près ou de loin, dans des ennuis judiciaires divers et l’autre, nous ne savons plus très bien s’il faut en rire ou en pleurer. Récemment, j’ai aussi vu au « Petit Journal » que les débats dans les parlements régionaux étaient d’un niveau digne de certains de nos conseils communaux. Puis, bon, on a la NVA, mais je ne sais pas trop si je dois penser au second tour des élections présidentielles françaises en 2017… Cela n’excuse en rien les dysfonctionnements belges, mais cela relativise…

J’aurais aussi pu prendre l’Italie, qui a toujours senti bon l’Etat qui fonctionne, avec les zones détenues par les diverses mafias et les quelques procès de malversations financières ou encore la présence d’un parti d’extrême droite avec un premier ministre Italien qui était prêt à museler l’information. Je n’ose pas trop m’aventurer sur les questions des « Luxleak » ou « Panama Papers » qui ont touché Junckers et Cameron. Tiens, j’ai aussi entendu dire qu’il y avait de plus en plus de courants extrémistes qui se trouvaient au pouvoir dans quelques pays de l’ancien bloc de l’Est, où des questions comme l’identité sexuelle des individus, la place de la femme, des étrangers, l’avortement pouvaient vous permettre de passer sous les coups forcés de quelques gros bras. Je ne te parle pas de la liberté d’écrire des papiers qui pourraient critiquer le gouvernement en place.

Tu vois, j’aurais aimé simplement que l’analyse que tu portes sur les dysfonctionnements de l’Etat, la sidération du peuple et la question de « défaillir », que ce ne soit pas un énième papier sur la Belgique qui « merde », parce qu’en fait on est au courant et à mon avis le monde entier l’est… mais en somme une prise de conscience que le constat est bien plus alarmant encore que celui de la Belgique, qui n’est qu’un exemple, assez intéressant j’en conviens. C’est quasi l’ensemble de la classe politique de l’ensemble des pays de l’Union Européenne qui nous sidère, nous ébranle, nous laisse sans voix. Pensons encore récemment aux humoristes et journalistes qui ont osé défier un allié temporaire d’une solution migratoire catastrophique. Le « failed state », c’est celui d’un projet, celui de l’Union Européenne, c’est celui de la gouvernance inter Etats, de la représentation politique et des liens entre la société civile et les élites, de la coordination des Etats dans l’information, de la justice sociale au sein de l’UE, de la liberté d’expression, de la démocratie dans un espace fondé sur l’objectif de bien-être des citoyens.

Je te laisse. Je suis peut-être à côté. Je n’ai peut-être pas compris et peut-être que je me trompe en abordant ces différents aspects. Ce sont ceux qui me sont venus. Instinctivement. Puis, je n’ai pu m’empêcher aussi de faire un lien entre cet article, mes réflexions et ce fait, pas anodin, qu’il y a quelques jours, ce qui avait été le plus tweeté, dans la masse de nouvelles diverses les plus catastrophiques touchant des enfants, des femmes, des personnes sans emplois, des victimes de tueries, de drogues, etc…, c’était le fait que Joey Starr avait foutu une baffe à Gilles Verdez… Cela résonne… comme un aveu de déliquescence…